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Dossier de Fabien ROUSSEAU
"Le dormeur doit se réveiller"
La saga de Dune commence en 1963 lorsque Frank Herbert (1920-1986) écrit une nouvelle intitulée Dune World pour la revue Analog science fact-science fiction. Elle est suivie par The Prophet of Dune en 1965. Les deux histoires remportent un franc succès auprès des lecteurs. La même année, l’auteur décide de les rassembler pour la publication du premier roman Dune. Celui-ci obtient le prix Nebula (le premier décerné) en 1965 et le prix Hugo en 1966. Le cycle de Dune se prolongera dans 5 autres romans : Le Messie de Dune (1969), Les Enfants de Dune (1976), L’Empereur-dieu de Dune (1981), Les Hérétiques de Dune (1984) et La Maison des Mères (1985).
 
UN PROJET MAUDIT ?
Deux projets d’adaptation voient le jour entre 1969 et 1972 : le premier sous l’égide d’Arthur P. Jacobs, producteur des films de la saga La planète des singes qui engage David Lean (auteur de Lawrence d’Arabie ou Le pont de la rivière Kwaï) et le second qui serait initié par Patrick MacGoohan, héros de la série Le prisonnier. Le décès de Jacobs en 1973 aboutit sur l’échec de la première tentative.
En 1975, l’artiste Alejandro Jodorowsky reprend l’entreprise en main soutenu par le producteur français Michel Seydoux. Afin de créer un univers surréaliste, il fait appel à divers talents créatifs pour le style visuel : le dessinateur Jean "Moebius" Giraud, l’illustrateur Chris Foss et le peintre suisse Hans Rudi Giger imaginent les costumes, les vaisseaux spatiaux et les différents mondes. Collaborateur de John Carpenter sur Dark Star, Dan O’Bannon est recruté en tant que directeur des effets spéciaux. Jodorowsky souhaite confier le rôle de l’empereur Shaddam IV à Salvador Dali et celui du baron Harkonnen à Orson Welles, d’autres noms circulent comme ceux d’Alain Delon, David Carradine, Mick Jagger ou Charlotte Rampling. Les groupes Pink Floyd & Magma sont contactés pour composer la bande son. Durant l’année 1977, alors que tout semble se mettre en place, Jodorowsky est contraint de jeter l’éponge par manque de moyens financiers. Plus tard, Moebius, Foss, O’Bannon et Giger travailleront à nouveau ensemble pour un autre classique de la science-fiction : Alien, le huitième passager (1979).
Finalement, le producteur Dino de Laurentiis récupère les droits en 1979 et le film prend une autre tournure d’abord sous la direction de Ridley Scott qui quitte le plateau au profit de David Lynch. L’auteur du magnifique Elephant Man (1980) refuse la proposition de Lucas de "diriger" l’Episode VI de Star Wars et s’investit totalement dans le scénario en écrivant pas moins de 7 versions. L’éclectique distribution inclut des noms comme le débutant Kyle McLachlan (un familier de l'univers Lynchien puisqu'on le reverra dans Blue Velvet et Twin Peaks), Max Von Sydow (L’Exorciste), Sean Young (Blade Runner) et le chanteur Sting entre autres. Patrick Stewart fait ses premiers pas dans la SF avant d'incarner le capitaine Picard de Star Trek : la nouvelle génération.
 
UN FILM MAUDIT ?
Fort d’un budget avoisinant les 50 millions de dollars, le tournage se déroule dans les studios de Churubusco à Mexico et commence en avril 1983. Il se termine 23 semaines plus tard pendant lesquelles il devient le théâtre de nombreuses mésaventures : costumes et matériel restent bloqués par la douane mexicaine, 3500 figurants se présentent en avance suite à une erreur de planning, découverte d'un immense charnier d'animaux sur l'un des décors naturels et une série d'épidémies touche toute l'équipe.
Le long métrage sort en 1984 avec une durée de 2h17. A l’origine, Lynch souhaitait une version de 5 heures. Le studio décide de remonter le film pour une version de 3h10 dans le but de l’exploiter à la télévision. Lynch récuse ce montage, son nom est retiré du générique et remplacé par le pseudo d’Alan Smithee (généralement utilisé pour les réalisateurs qui désavouent leurs films). Le film est un échec commercial et l’idée de départ d'en faire une trilogie est abandonnée.
Distribution : Kyle McLachlan (Paul Atréides/Usul Muad'Dib), Francesca Annis (Dame Jessica), Sean Young (Chani Liet Kynes), Everett McGill (Stilgar), Max Von Sydow (Dr. Liet Kynes), José Ferrer (L'empereur Padishah Shaddam IV), Kenneth McMillan (Le baron Vladimir Harkonnen), Jürgen Prochnow (Le duc Leto Atréides), Silvana Mangano (La révérende mère Ramallo), Siân Phillips (La révérende mère Gaius Helen Mohiam), Patrick Stewart (Gurney Halleck), Dean Stockwell (Dr. Wellington Yueh), Sting (Feyd Rautha), Paul Smith (Comte Glossu Rabban "la Bête"), Brad Dourif (Piter De Vries), Linda Hunt (Shadout Mapes), Freddie Jones (Thufir Hawat), Richard Jordan (Duncan Idaho), Alicia Witt (Alia Atréides), Virginia Madsen (La princesse Irulan).
An 10191, l'empereur Padishah Shaddam IV règne sur la planète Kaitain et exerce son pouvoir sur le système du Landsraad où sont réparties les différentes maisons. L’empereur reçoit l’ordre d’un navigateur de la Guilde d’éliminer le jeune Paul Atréides, l'héritier de la maison des Atréides. Shaddam IV confie la régence d’Arrakis surnommée "Dune" au duc Leto Atréides qui quitte Caladan, sa terre natale avec sa concubine Jessica, une Bene Gesserit et son fils Paul. Dune est une planète convoitée pour une seule ressource : l'Epice, source de pouvoir et de longévité. L’empereur laisse la besogne aux Harkonnens, maîtres de Giedi Prime qui envoient leurs soldats Sardaukars pour exterminer la famille Atréides. Seuls Paul et sa mère parviennent à échapper au massacre de la cité d’Arrakeen et trouvent refuge parmi le peuple Fremens, les mystérieux habitants des sables rocheuses. Ceux-ci voient bientôt en Paul, leur prophète et décident de le suivre. Avant de venger la mort de son père et de conquérir la planète désertique, Paul doit passer l’épreuve de l’Eau de la vie. Serait-il le "Kwisatz Haderach", le libérateur tant attendu ?
Paul enseigne les rudiments du
"module étrange" aux Fremens
Le combat final à mort entre
les deux héritiers
Bien qu’il ne soit que la transposition des deux premiers volumes, Dune est contesté par les fans car quelques libertés ont été prises. Par exemple dans le livre, Paul n’a que 15 ans et il n’y est pas fait mention d’une quelconque arme sonique. Malgré cela, Frank Herbert a salué l’œuvre de Lynch comme étant fidèle à l’esprit de son roman.
Paraissant à première vue comme un film de commande, David Lynch y a pourtant apposé sa marque : la mise en scène confère parfois au film un rythme contemplatif et un petit côté expérimental, le récit baigne dans une ambiance oscillant entre mysticisme et onirisme. La destinée de ce héros messianique, les décors, les costumes contribuent à lui donner un caractère épique. A ce titre, les séquences où apparaissent les gigantesques vers des sables restent les plus impressionnantes.
Les vers géants partent à l'assaut de la cité d'Arrakeen
Son esthétisme constitue aussi l’une de ses faiblesses se révélant dans les effets spéciaux qui arborent un cachet kitsch (les maquettes en mouvement, les arrière-plans ou le combat avec les boucliers en sont des exemples édifiants). En outre, la musique composée par le groupe Toto & Brian Eno (dont un thème principal réussi) est très ancrée dans les années 80 et la voix-off trop répétitive vient par moments alourdir le déroulement de l’intrigue. Sur le plan narratif, certains éléments et enjeux paraissent incomplets ou trop flous.
Dune se veut une œuvre sérieuse (l’humour n’y a en effet pas sa place) qui souffre à l’arrivée de la trop pesante comparaison avec son modèle littéraire. A la fois fascinant et baroque, intemporel et obsolète, le film semble cultiver les paradoxes et met la réceptivité du spectateur à l’épreuve.
En 2000, Dune devient une mini-série réalisée par John Harrison avec Alec Newman dans le rôle principal et William Hurt qui incarnait le duc Leto. Elle sera suivie en 2003 par une autre intitulée Les Enfants de Dune, mise en scène par Greg Yaitanes et dans laquelle participe Susan Sarandon.
 
L'EDITION 3 DVD DE 2005
DVD 1 : Le film (135 min) dans une version remastérisée, image (16/9 – 2.35) et son (Dolby Digital et DTS 5.1)
DVD 2 : Le film : Version TV de 188 min (reniée par Lynch) dont 35 minutes d'images inédites (plein écran - VOSTF - DD2.0)
Accès direct aux éléments ajoutées ou modifiées (avec explications pour certains)
DVD 3 :
L'ADAPTATION : Dans ces 2 documentaires, le journaliste Olivier Delcroix explique les différences entre le film de Lynch et le roman de même que les orientations artistiques du projet de Jodorowsky.
- Le roman adapté (8 min 34)
- Un roman inadaptable (9 min 27)
- Galerie de dessins préparatoires (15 dessins – 1 min 15)
LE TOURNAGE :
- Destination Dune : featurette d'époque (6 min 17 - VOST) : un reportage sur le tournage au Mexique pas vraiment intéressant
- Galerie photos (28 photos – 2 min 20)
DAVID LYNCH :
- Interview de David Lynch (1985 – 8 min 23 - VOST) : des propos à tendance promotionnelle du réalisateur et complètement contradictoires avec ceux qu’il tient aujourd’hui.
- Filmographie
LES SCENES COUPÉES :
- Qui est Alan Smithee ? (10 min 20) : Le journaliste Philippe Lombard revient sur la carrière de ce réalisateur fictif en dressant un historique.
- Galerie photos (7 photos – 35 sec)
LA PROMOTION :
- Trailer (1 min 33 - VO sans ST)
- Bande-annonce (30 sec - VF)
- Galerie d'affiches (15 affiches – 1 min 15)
- Galerie des produits dérivés (23 photos – 1 min 54)
LA RESTAURATION : restauration du son (3 min 56)
VERDICT : Dans l’ensemble, les suppléments sont assez décevants et ne sont pas à la mesure d’un film de cette ampleur. Outre les deux documentaires sur l’adaptation et celui sur Alan Smithee, il aurait été souhaitable d'y inclure une rétrospective détaillée sur le riche univers créé par Frank Herbert afin de mieux le comprendre.