CLIQUER CI-DESSUS POUR REVENIR AU MENU
 
JODOROWSKY'S DUNE
Pour son premier long métrage, le documentariste Frank Pavich invite le spectateur dans un voyage à travers le temps et l'espace. En 1974, le cinéaste franco-chilien Alejandro Jodorowsky obtient un beau succès critique avec des œuvres psychédéliques comme El Topo ou La Montagne sacrée et reçoit le soutien du producteur Michel Seydoux pour son prochain film. Le réalisateur ambitionne alors d'adapter Dune, le roman culte de Frank Herbert paru en 1965 et débutant un vaste cycle littéraire.
Il est certain que le documentaire n'apprendra pas de grandes nouveautés aux amateurs de science-fiction qui connaissent le sujet en long et en large. Son principal intérêt réside donc dans les talents de narrateur de Jodorowsky qui fait preuve d'un enthousiasme débordant parfois teinté d'exubérance mais sur un ton toujours jovial et nostalgique dans la dernière partie. Après avoir avoué qu'il n'a jamais lu le livre, il commence en présentant son projet démesuré qui devait être une fable mystico-interstellaire de près de douze heures censée révolutionner le septième art grâce à une impressionnante verve créatrice. Avec le recul nécessaire, il raconte sa quête d'une équipe artistique idéale (ses "guerriers" selon lui) où sont recrutés les dessinateurs Jean "Moebius" Giraud, Chris Foss et Hans Rudi Giger ainsi que le technicien Dan O'Bannon et pour l'illustration musicale, les groupes expérimentaux Pink Floyd et Magma. Sa démarche esthétique étant d'attribuer un style visuel et sonore différent pour chaque monde. Il revient aussi sur l'entretien râté avec Douglas Trumbull, spécialiste reconnu des effets spéciaux. Il évoque ensuite son parcours laborieux pour rassembler un casting aussi éclectique qu'étrange : son fils Brontis, David Carradine, Mick Jagger, Udo Kier, Orson Wells, Salvador Dali et Amanda Lear. Curieusement, les noms d'Alain Delon, Charlotte Rampling, Géraldine Chaplin, Gloria Swanson et Hervé Villechaize ne seront pas cités pour les autres rôles.
Afin de tempérer et de donner un certain rythme, le récit de Jodorowsky est entrecoupé d'interventions parfois anecdotiques des producteurs Michel Seydoux et Jean-Paul Gibon, des réalisateurs Richard Stanley et Nicolas Winding Refn ainsi que de la veuve de Dan O'Bannon. Si des protagonistes importants comme Foss et Giger expriment leur point de vue, on regrettera l'absence de Moebius décédé en 2012. Toutefois, le documentaire lui rend hommage en proposant un montage animé de séquences storyboardées - dont le plan séquence d'ouverture zoomant sur une galaxie - dans le pavé graphique de Moebius qui contient près de mille pages avec trois mille dessins préparatoires (notamment des personnages et des costumes) incluant aussi des peintures de Foss et Giger à la beauté picturale indéniable. En dépit d'une aventure qui dura deux ans avec un investissement dépassant les deux millions de dollars, l'industrie hollywoodienne se montra trop frileuse à financer cette adaptation pas vraiment conforme aux règles de l'époque et le projet fut avorté.
Au terme de deux années de travail, Frank Pavich réussit un documentaire passionnant de bout en bout, captivant par sa construction et même émouvant dans une conclusion qui remémore l'influence des visions de Jodorowsky et la contribution des artisans du projet sur le cinéma de science-fiction classique.
 
GALERIE
La préaffiche de Michel Landi et les dessins de Moebius
Chris Foss : les vaisseaux de la Guilde transportant l'Epice et le palais de l'Empereur
H.R. Giger : le monde organique des Harkonnen