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ALBATOR, CORSAIRE DE L'ESPACE (2013) de Shinji Aramaki.
Dans un univers conquis et exploré de fonds en comble par l'humanité, cette dernière souhaite maintenant rentrer sur la bonne vieille planète Terre. N'ayant pas les ressources nécessaires, leurs habitants la défendront jalousement et enverront un jeune espion du nom de Yama afin de contrecarrer les plans du capitaine Albator, le seul signe d'espoir d'une humanité en perdition.
La Toei (Godzilla, Les Hommes du Yamato, Les Chevaliers du Zodiaque...) nous livre ici une version cinématographique en images de synthèse de l'un de nos plus grands héros d'enfance : Albator, le capitaine corsaire. Véritable icône des souvenirs de jeunesse, cette version 2013 prend part dans une dimension dérangeante par la tournure de l'intrigue. Nous retrouvons bien l'équipage épris de liberté comme dans l'œuvre animée de Leiji Matsumoto, qui suivra son leader charismatique coûte que coûte. Les habitués nostalgiques de la franchise y trouveront une œuvre remplie de points de repères (tel le célèbre Arcadia entre autres) propres aux reprises des mangas nippons sur grand écran, et les novices pourront apprécier une allégorie poétique au scénario, parfois mal ficelée. Les producteurs ont cette fois-ci su rendre la profondeur du personnage d'Albator, sans pour autant plonger dans le cliché du surhomme qui veut imposer sa volonté. Et pour ceux sachant lire entre les lignes, ce film vous ouvrira des perspectives de réflexion plus pointues qu'il n'y paraît au premier abord, et une réflexion plus profonde des droits que pensent avoir les hommes sur la nature et son héritage.
Teddy WENTZ.
GODZILLA (1954) d'Ishiro Honda.
Premier blockbuster sur les Kaiju ayant contribué à la popularisation du genre, Godzilla est en réalité plus complexe que cette vision du costume écaillé en latex de 91 kilos porté par l'acteur Haruo Nakajima. Véritable allégorie de la terreur et du traumatisme encore présents du largage des bombes sur les villes de Nagasaki et Hiroshima, le film reprend les interrogations et les craintes de l'impuissance de l'homme, que ce soit face à la nature ou à son propre savoir.
Le film débute par la stupéfaction et l'impuissance de l'équipage d'un navire qui disparaît corps et biens dans un éclair de lumière qui semble venir d'un bouillonnement dans l'océan. Difficile de ne pas voir le rapprochement avec la puissance du souffle atomique des bombes de Nagasaki et Hiroshima. Le même effet de souffle et la même impuissance à fuir ce phénomène, qui entraînera inéluctablement la mort et la destruction. L'impuissance est poussée à son paroxysme lorsque les deux navires de secours envoyés sur place subissent le même sort que le premier. L'homme est confronté à quelque chose d'inconnu qui le dépasse, quelque chose qui s'en prend à tous, sans distinction. Comme les bombes atomiques lancées sur le Japon qui ont tué sans distinction et ont contaminé les secours arrivés sur place en 1945.
Les scènes suivantes se focalisent sur des villageois expliquant à l'équipe d'enquête, une légende immémoriale concernant un monstre géant comparable à un dieu nommé Godzilla, responsable (à tort ou à raison) de l'appauvrissement de la pêche. Ce passage évoque les croyances du peuple japonais et la tradition qui en résulte. En effet, pour éviter que Godzilla ne vienne s'en prendre à eux, les villageois pratiquent un rituel traditionnel sensé protéger le village. Cela n'empêchera pas le monstre de venir détruire ce dernier, en écrasant tout sur son passage.
Les messages passés dans cette partie du film montrent que les scientifiques ne peuvent pas croire l'incroyable sans preuves plus flagrantes que l'évocation des légendes et des traditions locales. Les villageois représentent le Japon traditionnel et leur impuissance face à un ennemi imposant et hors du commun qui n'a pour but que d'avancer, ne tenant aucun compte des vies inférieures qui pullulent sous ses énormes pattes, tel un dieu vengeur. La force de la nature incarnée par Godzilla n'a pas d'états d'âme, ne se met pas au niveau des humains, comme les humains n'ont pas d'états d'âme à montrer leur puissance face à une fourmilière ou à toutes espèces qu'ils jugent inférieures.
Mais pourquoi Godzilla attaque-t-il les humains ? C'est là qu'est la trame du film, une question que tout le monde devrait se poser : Pourquoi la nature contre-attaque ? Car oui, Godzilla ne fait que contre-attaquer. Des essais nucléaires ont réveillé la bête en sommeil depuis des temps immémoriaux. Les scientifiques ayant trouvé sur les lieux des attaques, la présence de matières fissibles et uniquement présentes dans les fameuses bombes atomiques. L'Homme est donc responsable de la colère de la nature symbolisée par Godzilla. Les humains tentent de stopper, ou au moins d'entraver la progression du Kaiju, mais celui-ci semble instoppable. Plusieurs stratégies sont tentées, comme l'envoi de l'armée (Japan Defence Force : JDF) qui ne fera pas le poids devant le gigantisme de la créature. Il y aura ensuite une barricade de clôtures électriques géantes, qui ne résisteront guère au souffle atomique du monstre. Et même les tout derniers jets de combats ne seront d'aucune utilité face à cette force incomparable. Sans solutions nouvelles, rien ne pourra l'arrêter et le massacre de millions d'humains continuera. Cette solution nouvelle existe pourtant, mais son application viendrait à l'encontre de l'éthique du scientifique qui a mis au point une arme plus terrible qu'une bombe atomique, un destructeur d'oxygène. Cette arme si puissante même comparée à n'importe quelle bombe atomique, est sans limites. Elle peut annihiler toute vie marine dans un large rayon, y compris Godzilla.
Pourquoi hésiter alors ? Utilisons le savoir de l'Homme pour asseoir notre supériorité face à la nature ! En fait, le traumatisme du nucléaire amène à la réflexion suivante : Nous sommes attaqués par une force inconnue dont la puissance dépasse notre imagination (allégorie de la bombe atomique) ; Nous sommes responsables de l'attaque subie par cette force (présence de matière nucléaire humaine sur les lieux de l'attaque) ; Nous avons les moyens de le contrer, mais cela sera pire que le monstre lui même (comparaison avec les essais et les bombes atomiques qui pullulent). Le scientifique dit clairement qu'une telle arme ne devrait pas exister et regrette son invention. Les autres ont échoué mais lui va réussir. Certes, cette arme à la puissance colossale sera utilisée contre Godzilla, mais le scientifique détruira tout son travail, et tous les documents pouvant être utilisés pour la création d'un autre destructeur d'oxygène. Là où ceux qui ont lancé la bombe pour détruire l'humain et réveiller une nature incontrôlable ne font que réitérer leurs erreurs encore et encore, un seul homme aura le courage de détruire Godzilla avec une puissance plus forte, mais aussi tout le bon sens de ne pas laisser le savoir nécessaire à la prolifération et à la menace d'une telle catégorie d'arme. En effet dans la scène de destruction du Kaiju, le scientifique sacrifie sa propre vie, coupant le lien qui aurait permis de le sauver. Il accepte de partager le sort qu'il réserve à Godzilla. Sa création pouvant engendrer plus de drames que la créature qu'il combat. Il sacrifie donc ses recherches, ses connaissances et sa vie, pensant (à tort ou à raison) que l'humanité devra payer le prix pour avoir défié la nature.
Le film se termine sur la remarque pertinente que tant que les humains n'arrêteront pas les essais nucléaires (et donc de défier la nature), ils ne seront pas à l'abri d'un nouveau cataclysme tel que Godzilla dont le mythe se perpétuera dans plus d'une trentaine de longs métrages.
Teddy WENTZ.