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DRAME
13 JOURS (2000) de Roger Donaldson avec Kevin Costner, Bruce Greenwood, Steven Culp.

Le 14 octobre 1962, un avion-espion américain révèle que l’Union soviétique a installé des missiles nucléaires sur l’île de Cuba. Pour le président John Fitzgerald Kennedy, la menace est imminente pour son pays et un bras de fer s’engage alors entre les deux superpuissances. Durant treize jours, celui-ci, son frère Robert et son conseiller spécial Kenneth O’Donnell vont se trouver au centre de la plus périlleuse des négociations.

Kevin Costner retrouve l’auteur de Sens unique pour un thriller politique dans la lignée de J.F.K où il incarnait le procureur Jim Garrison. Le script s’inspire du récit de Robert Kennedy racontant une page dramatique de l’histoire américaine : la crise des missiles de Cuba.

Le réalisateur s’attache à décrire les conflits qui se sont déroulés entre politiques et militaires au sein de la Maison Blanche. Dans le contexte de cette guerre froide, en plus d’être soumis à la pression des dirigeants soviétiques, le président Kennedy a dû s’opposer aux ardeurs belliqueuses de ses généraux. Le scénario mêle réalité historique et dramaturgie dans un suspense à huis clos où règne une grande tension psychologique. Entrecoupé d’images d’archives, le long métrage se veut avant tout didactique décortiquant avec méticulosité, les rouages diplomatiques et les stratégies élaborées. Les acteurs se fondent parfaitement dans leur personnage, renforcés par leur conviction. Tout en finesse, Kevin Costner excelle dans le rôle de Kenny O’Donnell, homme de confiance et bonne conscience modératrice du président. Bruce Greenwood est remarquable de mimétisme en personnifiant un président soucieux d’éviter une guerre nucléaire et pris dans un cruel dilemme dont dépend la survie de l’humanité. Quant à Steven Culp qui interprète Robert Kennedy, il complète avec brio cette brillante distribution. En revanche, il faut reconnaître que ce film se révèle par moments un peu trop loquace et auquel il manque un réel point de vue soviétique.

Avec cet épisode historique, le monde a réellement retenu son souffle au cours de ces treize jours où s’est joué le destin du monde. Un film passionnant et maîtrisé de bout en bout par un bon artisan d’Hollywood comme peuvent l’être parfois un John Badham ou un Peter Hyams.
A LA RENCONTRE DE FORRESTER (2000) de Gus Van Sant avec Sean Connery, Rob Brown, Anna Paquin, F. Murray Abraham.

Dans le quartier du Bronx, Jamal Wallace, un jeune noir passionné par l’écriture et doué pour le basket parvient à établir le contact avec William Forrester, un éminent écrivain vivant en ermite dans un appartement délabré. Jamal apprend jour après jour à connaître cet homme au caractère méfiant qui accepte après plusieurs visites de devenir son mentor. Un jour pourtant, Jamal se voit proposer l’entrée dans la prestigieuse université de Manhattan. Il croise bientôt le chemin de Claire et se heurte au scepticisme de son professeur de lettres.

Gus Van Sant reprend la trame narrative de son Will Hunting qu’il avait réalisé en 1997 pour la transposer dans le Bronx, un des quartiers les plus pauvres de New York. Il y dépeint avec un regard plein de sensibilité, la relation entre un adolescent surdoué issu d’un milieu défavorisé et un brillant cerveau littéraire.

A l’instar de Robin Williams, l’immense Sean Connery n’a jamais été aussi émouvant et malicieux que dans la peau de ce vieux romancier à l’écart de la société, alternant compassion et aigreur avec un ton toujours juste. Il est le père spirituel qui montre la voie au jeune Rob Brown (dont c’est le premier rôle et qui fait preuve à l’écran d’une incroyable maturité). Ce dernier s’intègre d’ailleurs dans sa nouvelle école grâce au basket où confronté aux préjugés, il voudra en briser les barrières sociales et culturelles. Peu à peu, entre ces deux êtres portant en eux l’amour des mots, naîtra une formidable histoire d’amitié qui va leur changer réciproquement la vision de la vie jusqu’à l’ultime morceau de bravoure orale.

Ce tandem éclectique est soutenu par les très bonnes prestations de F. Murray Abraham (Oscar du meilleur acteur en 84 pour Amadeus) qui arbore son habituel rictus sardonique, de la délicieuse Anna Paquin en jeune étudiante d’une famille aisée ou plus loin dans la distribution, de l’impeccable Michael Nouri qui incarne le père de la jeune fille.

Même si il peut paraître à première vue, une copie de Will Hunting ou de L’homme sans visage de Mel Gibson pour son personnage isolé du monde extérieur, accumulant parfois les poncifs du genre (l’éternelle lutte des classes), le récit bénéficie d’une mise en scène soignée et énergique de même qu’il évite de tirer sur la corde sensible en insérant quelques notes d’humour. A la recherche de Forrester est un film sur la vocation, parsemé de moments poétiques (mis à part, la lecture finale dans la salle de cours qui aurait gagné en intensité si elle n’avait pas été éclipsée par une musique langoureuse et irritante) et dédié aux jeunes écrivains en herbe.
ANIMAL FACTORY (2000) de Steve Buscemi avec Willem Dafoe, Edward Furlong, Seymour Cassel, Mickey Rourke, John Heard, Steve Buscemi.

Ron Decker, jeune homme d’une famille aisée est incarcéré dans la prison de Saint Quentin pour avoir vendu de la marijuana. A l’intérieur de l’enceinte, il ne tarde pas à découvrir un environnement hostile. Earl Copen, détenu respecté de tous, même des gardiens, décide de le prendre sous son aile et devient son protecteur. Une relation faite de respect mutuel s’instaure bientôt entre les deux prisonniers.

Edward Bunker, ancien détenu devenu écrivain, scénariste et acteur, avait déjà inspiré à Ulu Grosbard, son Récidiviste (1978) avec Dustin Hoffman. A son tour, Steve Buscemi, acteur fétiche des frères Coen et auteur de Happy Hour, une œuvre mélancolique, a décidé de porter à l’écran son roman autobiographique baptisé Animal Factory (la fabrique aux animaux).

Il y dépeint un tableau très réaliste de l’univers carcéral à la manière d’un documentaire avec en fond une solide histoire d’amitié. Dans cet environnement, une relation presque intime s’instaure entre un jeune rebelle et son protecteur, tous deux luttant contre la fatalité de leur condition. Evidemment, on retrouve les éléments essentiels au genre : les conflits entre bandes rivales, l’humiliation et la convoitise sexuelle exercées dans le milieu pénitentiaire. Toutefois, le réalisateur se préserve de certains clichés (le maton sadique n’a pas sa place) et de verser dans les scènes larmoyantes sans pour autant tomber dans la violence gratuite. Le récit est servi par une distribution judicieusement sélectionnée : l’excellent Willem Dafoe dans un rôle ambigu qui alterne sensibilité et fermeté, Edward Furlong (John Connor dans Terminator 2) qui promène toujours très sobrement son physique d’adolescent tourmenté, Mickey Rourke dans un étonnant contre emploi et méconnaissable en détenu travesti et plus loin au générique, Tom Arnold (le complice de Schwarzy dans True Lies) impeccable en vicieux débordant de lâcheté.

L’acteur cinéaste (il fait une apparition en tant que membre de la commission) apporte une vision inédite et personnelle du monde de la prison.
ANTWONE FISHER (2002) de et avec Denzel Washington, Derek Luke, Joy Briant.

Autobiographie.

A l’instar de ses illustres prédécesseurs, que ce soit Eastwood, Stallone, Gibson, Costner ou De Niro, le comédien Denzel Washington s’est décidé à passer derrière la caméra pour nous relater la biographie d’Antwone Fisher, un jeune noir au caractère difficile qui s’est engagé dans la marine. Le véritable Antwone Fisher a d’ailleurs insisté pour signer le scénario qui évoque son expérience douloureuse.

Il est vrai qu’à la lecture du synopsis, on pourrait croire à une nouvelle variation de contes initiatiques comme Will Hunting, L’homme sans visage ou encore A la rencontre de Forrester en raison de leurs thématiques communes : le maître et l’élève, le rapport à la filiation, le dépassement de soi. Et pourtant.

On connaissait les multiples talents de Denzel Washington qui lui permettaient de s’illustrer dans divers registres, ses nombreuses récompenses et nominations parlant pour lui. Mais on a également la surprise de découvrir un cinéaste très prometteur. En effet, l’acteur-réalisateur filme cette histoire avec subtilité et une touchante sincérité. La mise en scène se veut intimiste en cernant la vraie nature et la détresse du personnage tout en parvenant à éviter le côté lacrymal inhérent à ce genre de drame psychologique.

La Navy est l’antre de la discipline mais c’est à partir de là que Antwone Fisher en raison d’une susceptibilité prononcée croise le chemin du docteur Davenport. Celui-ci le considérant d’abord comme un patient quelconque, acceptera ensuite de l’aider à progresser dans la vie en faisant remonter à la surface les souvenirs pénibles de son enfance tout en lui apprenant à faire face aux démons du passé. Leur relation mêlée de respect et d’amitié se montre véritablement émouvante. On est impressionné par la prestation de Derek Luke qui se révèle remarquable d’authenticité pour son premier rôle tandis que Denzel Washington impose de nouveau une présence intense en composant ce psychiatre d’une grande humanité devenant peu à peu, une figure paternelle.

Ainsi, le récit est empreint de scènes dures (à travers les flashbacks), de quelques notes d’humour (une timidité maladroite) et de moments poétiques (le prologue dans le champ ou le repas de Thanksgiving). Mais on se laisse réellement porté par l’émotion quand le jeune homme déclare avec fierté : "Je suis fort" ou plus tard "Je suis devenu quelqu’un de bien". Indiquant qu’un pas déterminant vers l’âge adulte a été franchi.

Grâce à la générosité des sentiments, Antwone Fisher nous livre une formidable leçon de courage et d’espoir. Dans tous les cas, le film atteint son but en allant droit au cœur. Et c’est déjà une belle réussite.
BLOW (2001) de Ted Demme avec Johnny Depp, Rachel Griffiths, Ray Liotta, Jordi Molla, Paul Reubeus, Franka Potente, Pénélope Cruz.

George Jung est issu d’une famille ayant constamment des difficultés financières. Au début des années 70, il part s’installer sur la côte ouest et s’investit dans le commerce lucratif de la revente d’herbes. Avec un sens inné des affaires, lui et ses complices organisent bientôt le réseau californien. Mais la brigade des stupéfiants met la main sur sa cargaison. En prison, il fait la connaissance de Diego, un contact travaillant pour le cartel de Medellin.

En s’inspirant d’une histoire authentique, Ted Demme (parent avec Jonathan, le réalisateur du Silence des agneaux) revisite trois décennies à travers l’ascension et la chute d’un caïd spécialisé dans le trafic de drogue.

Le film se veut une biographie très romancée de George Jung, un petit dealer de marijuana devenu un important trafiquant de cocaïne (il fut l’un des bras droits de Pablo Escobar). Une fois de plus, Johnny Depp revêt un nouveau visage et se révèle très convaincant dans la peau de cet opportuniste appâté par l’argent facile. Avec une incroyable variété de rôles et un physique changeant à chaque long métrage, on pourrait affirmer qu’il marche sur les traces de Robert De Niro (il n’y a qu’à observer les mimiques et son regard pour s’en convaincre). A ses côtés, on retrouve un excellent Ray Liotta, émouvant dans le rôle de son père et une pathétique Pénélope Cruz qui en voulant plagier Sharon Stone dans Casino, réussit à se planter en beauté.

A l’inverse du Scarface de Brian De Palma qui relatait le parcours sanglant de Tony Montana (Al Pacino), Blow évite que le sang ne soit versé et ne tombe pas dans les scènes de violence excessives. Quant au réalisateur, on remarquera chez lui une volonté de transposer l’ambiance d’une période donnée en l’illustrant par une bande son toujours dans le ton à la manière d’un Martin Scorcese (on pense aux Affranchis ou à Casino).

Mais Demme n’est pas Scorcese ni De Palma et le cinéaste mise maladroitement sur le côté sympathique de son personnage en mettant en évidence ses relations parfois tendues avec la famille, l’épouse ou les amis, celles-ci rimant souvent avec trahison. Le scénario ne porte aucun regard critique et ne propose pas non plus un point de vue extérieur, se limitant aux seules perspectives de Jung (parfois en ayant recourt aux commentaires en voix-off). On en viendrait presque à le plaindre et à justifier les actes de ce pauvre dealer qui fut quand même, il faut le rappeler, l’un des premiers importateurs de coke sur le sol américain.

L’ensemble reste moyen tant son contenu aurait gagné à être davantage fouillé mais trouve tout de même un petit intérêt dans la prestation de Johnny Depp.
COEURS PERDUS EN ATLANTIDE (2001) de Scott Hicks avec Anthony Hopkins, Anton Yelchin, Hope Davis, Mika Boorem, David Morse.

Le photographe Bobby Garfield revient dans sa ville natale pour les funérailles de son ami d’enfance Sully-John. Il se remémore l’été 1960 où il avait onze ans. Son père étant décédé, sa mère Liz l’élève seule mais le considère comme un fardeau. Ce jour-là, Ted Brautigan, un vieil homme énigmatique emménage chez eux, dans la pièce du dessus. Ce dernier fait appel à Bobby pour lire le journal et surveiller les alentours en échange d’un dollar par jour. Rapidement, une amitié naît entre eux et Ted lui révèle bientôt son secret.

Stephen King fait sans aucun doute partie de ces écrivains les plus prolifiques et les plus adaptés à l’instar de John Grisham et Michael Crichton et cela depuis le milieu des années 70. Si le célèbre auteur surnommé le maître de l’épouvante est souvent associé avec le registre de l’horreur, ici en l’occurrence Scott Hicks, réalisateur du récompensé Shine s’est inspiré du roman éponyme qui se veut un récit initiatique à la Stand by me avec une petite incursion du fantastique dans la veine de La ligne verte.

Les décors, la photographie et la bande son d’époque, tous ces éléments concourent à recréer l’ambiance nostalgique des années 60. Le scénario adopte le point de vue du jeune Bobby dont la mère égoïste laisse passer son travail avant toute chose. Comme tout enfant, il rêve de posséder une bicyclette et forme avec Sully-John et Carol, un trio inséparable. Lorsque Ted Brautigan survient, il pense trouver en lui l’affection paternelle qui lui manquait. Celui-ci lui acceptera d’être son guide pour un temps et l’aidera à franchir le difficile passage vers l’adolescence. D’ailleurs, on notera avec quelle adresse, le vieux bonhomme tire Bobby et Carol des griffes d’une odieuse bande d’adolescents. Il est étonnant de voir avec quelle aisance Anthony Hopkins change de visage, passant d’un personnage cynique comme Hannibal Lecter à cet homme âgé empli de bonté et pourvu d’un don surnaturel qui le suit comme une malédiction. Le reste de la distribution est lui aussi surprenant, que ce soit Anton Yelchin (Bobby) ou Hope Davis (Liz, la mère) qui offrent des compositions remarquables. Mais le film contient également sa part de mystère avec ses hommes habillés de costumes sombres et bien moins sympathiques que le duo de MIB. Beaucoup de questions resteront en suspens sur l’identité et la réelle motivation de ces individus.

Avec un regard plein de sensibilité, Scott Hicks signe une chronique sur l’enfance parfois cruelle doublée d’une formidable histoire d’amitié qui parvient à émouvoir en distillant un parfum de mélancolie et dont le dénouement bouleversant est susceptible de faire couler quelques larmes.
LE DERNIER CHATEAU (2001) de Rod Lurie avec Robert Redford, James Gandolfini, Mark Ruffalo, Delroy Lindo.

Rod Lurie, l’auteur de Manipulations, une satire sur le monde de la politique avec Jeff Bridges, a tourné ce film dans l’ancien pénitencier d’Etat du Tennessee qui a abrité de célèbres détenus tels que James Earl Ray, l’assassin de Martin Luther King. En France, la sortie sur les écrans a été maintes fois repoussée, peut-être en raison des attentats du 11 septembre.

Le général Eugene Irwin est incarcéré pour une grave faute de commandement dans une prison militaire de haute sécurité appelée "Le Château". Le colonel Winter dirige d’une main de fer cet établissement et ne tolère pas que l’on conteste son autorité. Irwin gagne bientôt le respect des autres détenus et décide de s’insurger contre l’injustice qui règne.

Au vu de ses quarante années de carrière, Robert Redford est sans aucun doute une légende du cinéma américain, alternant brillamment la composition et la réalisation. Après Brubaker (1980), l’acteur revient dans le milieu carcéral pour incarner avec justesse ce militaire renommé. Du passé de ce personnage, on ne saura pas grand chose hormis dans cette scène de parloir où sa fille campée par Robin Wright Penn révélera qu’il n’a jamais été un père attentif. Dans ce rapport de forces entre officiers, il se retrouve confronté à James Gandolfini (la série Les Sopranos), décidément à l’aise dans les rôles de sadiques première classe.

Mais si l’interprétation est à la hauteur, c’est plutôt l’idéologie qui est mis en cause : ici pas de conflit entre bandes rivales, ni de convoitise physique mais d’ex-soldats prisonniers avec un code d’honneur et une discipline de fer. Il semble bien que le culte de l’oncle Sam soit une nouvelle fois de rigueur. On notera tout de même une très impressionnante séquence d’action : celle de l’insurrection dans l’enceinte de la prison qui renvoie aux assauts des châteaux forts médiévaux. Ce sera malheureusement la seule originalité du scénario qui se termine par un ultime acte de bravoure où la bannière étoilée ne pourra que flotter au vent.

Pour une fois, ce dernier château ne s’inspire pas de faits réels comme les récents films de guerre américains mais il faut reconnaître qu’après sa vision, l’exaltation des valeurs frôle l’overdose. A mon commandement, repos !
HURRICANE CARTER (1999) de Norman Jewison avec Denzel Washington, Vicellous Reon Shannon, Deborah Kara Unger.

En 1967, dans le New Jersey, le champion de boxe Rubin "Hurricane" Carter (surnommé l’ouragan) est condamné à perpétuité pour triple homicide suite à de faux témoignages. Plusieurs années après la publication du récit de sa vie, Lesra, un jeune noir et ses trois tuteurs canadiens vont tenter de lui redonner l’espoir et l’esprit de la combativité.

Basé sur l’autobiographie (intitulée Le seizième round) du vrai Rubin Carter, l’histoire prend fait et cause pour cet innocent brisé par un système judiciaire corrompu et s’inspire de faits authentiques se déroulant dans le contexte ségrégationniste des années 60. De nombreuses personnalités comme Bob Dylan, Mohammed Ali ou encore Ellen Burstyn s’étant mobilisées pour protester et obtenir la révision de son procès. Le metteur en scène avait déjà exprimé sa hargne contre le racisme dans le superbe Dans la chaleur de la nuit (1967) avec Sidney Poitier et retrouve son interprète de A Soldier Story (1984) qui incarne cette figure symbolique de l’injustice.

Entre haine et amour, l'extraordinaire Denzel Washington qui dans la veine des personnages comme Malcolm Little (Malcolm X de Spike Lee en 92) ou Steven Biko (Le cri de la liberté de Richard Attenborough en 87) impose une intense présence morale et physique : il campe un homme révolté en proie à ses doutes (les scènes poignantes où Carter livre un combat intérieur sont imprégnées d’un certain mysticisme) luttant pour retrouver sa dignité. Sa composition magistrale lui a d’ailleurs value d’être récompensé par un Ours d’or à Berlin, un Golden Globe ainsi que de décrocher une nomination à l’Oscar du meilleur acteur. Un excellent pamphlet contre les préjugés raciaux et les erreurs judiciaires doublé d’un thriller captivant qui se veut également une ode à la volonté et au courage.

Quand les mots sont porteurs d’espoir et deviennent des armes contre l’intolérance, "écrire c’est magique" affirmait Hurricane.
JOHN Q (2002) de Nick Cassavetes avec Denzel Washington, Kimberly Elise, James Woods, Robert Duvall, Anne Heche, Ray Liotta.

L’ouvrier John Q. Archibald et sa femme Denise occupent des emplois précaires et tentent de faire face aux factures qui s’accumulent. Lors d’une partie de base-ball, leur fils Michael âgé de neuf ans est pris d’un violent malaise cardiaque et transféré aux urgences. Michael doit alors subir une greffe mais la vie a un prix et les assurances se montrent réticentes. Cédant au désespoir de ne pouvoir rassembler la somme nécessaire à la transplantation, John Q prend le personnel et les patients des urgences en otage avec comme revendication de voir figurer le nom de son enfant sur la liste des greffés.

Pour son troisième long métrage (après Décroche les étoiles (1995) et She’s so lovely (1996)), Nick Cassavetes (le fils du grand John) choisit de dresser un véritable réquisitoire contre une médecine à deux vitesses. A partir d’un sujet fort, il signe une œuvre engagée au message ambigu où il brosse le portrait d’une société cultivant le cynisme, la cupidité et l’hypocrisie au détriment de la compassion et d’un code moral.

D’une manière parfois maladroite et trop appuyée, le cinéaste dénonce à travers le geste désespéré d’un honnête père de famille prêt à se sacrifier, les inégalités sociales notamment en ce qui concerne l’absence de couverture médicale. Malheureusement, ce sujet plutôt poignant et original n’évite pas les caricatures propres au genre (le groupe d’otages et le journaliste avide de scoops) ainsi que les lourdeurs scénaristiques (l’opération à cœur ouvert). Toutefois, le réalisateur parvient à déjouer le piège du mélodrame surdosée en tempérant les scènes d’émotion par le suspense et même quelques notes d’humour.

Des comédiens chevronnés se mettent d’ailleurs au service de son propos. A commencer par le talentueux Denzel Washington qui n’en finit pas de nous époustoufler par ses performances d’acteur. Entre amour et colère, il apporte toute sa conviction à son rôle de père qui refuse obstinément la perte d’un être cher. Qui de mieux pouvait incarner le porte-drapeau d’une catégorie frappée par l’injustice sociale ? Dans cet environnement hostile, évoluent également Robert Duvall très convaincant en vieux lieutenant de police routier, James Woods dans un registre plus sobre, Anne Heche en directrice impitoyable et Ray Liotta en odieux arriviste. De plus, l’histoire amène une autre réflexion sur le recours à la violence (la fin justifie-t-elle les moyens ?) et ses conséquences irréversibles.

Même si l’on pourrait reprocher à John Q, son penchant pour le réflexe lacrymal, ce film à l’intention très louable et au discours humaniste reste d’une qualité honorable et se regarde sans déplaisir.
MANIPULATIONS (2000) de Rod Lurie avec Jeff Bridges, Joan Allen, Gary Oldman, Sam Elliott, Christian Slater, William Petersen.

Jackson Evans, président des Etats-Unis depuis deux ans, est en phase d’annoncer son nouveau candidat pour le fauteuil de la vice-présidence qui se révèle être le sénateur Laine Hanson, une démocrate. Mais le sénateur républicain Shelly Runyon ne l’entend pas de cette oreille et s’empresse de la discréditer devant la commission d’enquête du congrès en montant un dossier sur ses pêchés de jeunesse.

Manipulations ou les dessous de la politique, ça ne vous rappelle rien ? Une célèbre affaire où les fantaisies sexuelles d’un président ont été montées en épingle par une presse qui s’est jetée sur celle-ci comme un vautour sur une charogne. Le sexe et la politique (on en avait déjà eu quelques échantillons avec Les pleins pouvoirs ou Des hommes d’influence), tels sont les points de départ de cette intrigue politique qui renvoie aux heures sombres du maccarthysme.

Le monde de la politique est dépeint ici comme un repaire d’arrivistes machistes où piétiner l’adversaire en semant le doute dans l’opinion publique est devenu monnaie courante. En fait, on pourrait croire à une vision féroce avec sa touche de cynisme sur la Maison Blanche et son environnement. Mais au cours du récit, on constate que l’esprit résolument critique (présent notamment dans les œuvres d’Oliver Stone) passe au second plan pour laisser libre cours à une histoire romancée.

Malgré un scénario comportant quelques bémols, il faut reconnaître au réalisateur un certain talent pour la mise en scène et la direction d’acteurs. Avec en tête, Jeff Bridges (nominé à l’oscar du meilleur second rôle) qui est impeccable en président bienveillant et chaleureux. Celui-ci est épaulé par une Joan Allen (elle incarnait la femme d’Anthony Hopkins dans le Nixon de Stone) impressionnante de sobriété qui incarne avec conviction une démocrate intègre défendant le droit à la vie privée face à un Gary Oldman qui symbolise le puritanisme et l’hypocrisie dans toute sa splendeur. Ce dernier se fait le porte-parole d’une Amérique bien pensante et use de manœuvres subversives en exhibant une série de photos qui montrent les frasques sexuelles de la candidate potentielle pendant ses années à l’université. D’ailleurs, leur duel verbal n’est pas sans rappeler la confrontation entre le président Bill Clinton et le procureur Kenneth Star.

Evidemment, le rebondissement final se présente sans surprise et la morale est sauve. On a même droit à l’inévitable discours (un brin démagogue et chauvin, ah notre belle Amérique !) sur les vertus fondamentales de la démocratie américaine qui confirme ce que l’on pensait depuis le début : à savoir que la fiction baigne dans le "politiquement correct".
MICHAEL CLAYTON (2007) de Tony Gilroy avec George Clooney.

Scénariste de la trilogie Jason Bourne, Tony Gilroy réalise un premier long métrage qui mélange drame intimiste et thriller juridique. Située à New York, l’histoire suit un avocat pas vraiment net qui ne fréquente pas les salles d’audience et règle à sa manière les litiges des clients d’un prestigieux cabinet dont il fait partie. Désabusé, Clayton ne se pose pas de questions jusqu’au jour où son collègue et ami Arthur Edens dérape.

L’affiche est trompeuse, laissant augurer un énième film de procès sous tension avec enquête haletante dont le romancier John Grisham s’est fait une spécialité. On y trouve bien sûr cette affaire dérangeante concernant une multinationale agrochimique mais celle-ci sert de prétexte au réalisateur pour brosser le portrait d’un homme tiraillé par ses contradictions, entre éthique et devoir, amitié et argent. Une seconde chance lui sera offerte avec l’apparition quasi-onirique d’un trio de chevaux (une certaine métaphore de la Sainte Trinité ?). Une nouvelle fois, David va devoir ruser avec Goliath jusqu’à retrouver une paix intérieure.

Pour sa première réalisation, Tony Gilroy n’a pas opté pour la facilité et puise ses influences dans le courant des œuvres contestataires des années 70 (dont les représentants sont Sydney Lumet, Alan J. Pakula ou Sydney Pollack) tout en s’inspirant des récents Préjudice avec John Travolta et surtout l’ambitieux Révélations, le chef d’œuvre de Michael Mann. La mise en scène se révèle certes classique mais élégante notamment à travers quelques plans séquences et le récit avance souvent sur un rythme contemplatif sans jamais provoquer l’ennui. Dans l’ensemble, les rouages de l’intrigue fonctionnent de manière honorable malgré quelques maladresses scénaristiques et une issue prévisible.

L’interprétation se montre également à la hauteur. George Clooney fait preuve d’une remarquable sobriété et depuis Good Night & Good Luck ou Syriana, il démontre que le cinéma américain engagé ne pourra désormais plus compter sans lui. L’anglais Tom Wilkinson surprend par son énergie débordante en endossant le rôle du personnage en proie à une violente crise de conscience. Tilda Swinton incarne une conseillère juridique symbolisant tour à tour la froideur du système et la fragilité de l’individu. Quant à Sidney Pollack, les répliques entre lui et Clooney font office de passation de pouvoir entre acteurs-cinéastes de différentes générations, savoureux !

Oscillant entre plaidoirie (de bons comédiens, une mise en scène soignée) et réquisitoire (des enjeux dramatiques pas toujours clairs), le film de Tony Gilroy aurait certainement gagné en consistance avec un montage différent mais le sujet a au moins le mérite de faire réfléchir et de posséder un réel sens de la dramaturgie. Il appartient donc au spectateur-jury de rendre son verdict sur cet essai.
REVELATIONS (1999) de Michael Mann avec Al Pacino, Russell Crowe, Christopher Plummer.

Lowell Bergman, producteur de l’émission "60 minutes" et journaliste d’investigation, sollicite dans le cadre d’un dossier sur le tabagisme, l’aide de Jeffrey Wigand, chercheur dans une industrie de tabac qui vient d’être remercié par ses employeurs. Après une première entrevue, Bergman soupçonne son interlocuteur de lui dissimuler certaines choses. Subissant diverses pressions, Wigand se retrouve devant une décision qui va influer sur sa propre existence.

Basé sur des faits authentiques, Michael Mann relate l’un des plus grands scandales dans le domaine de la santé publique. Il narre une enquête qui prend rapidement des allures de croisade médiatique où l’accoutumance des individus à la nicotine devient l’enjeu financier des géants du tabac.

A travers le portrait de deux hommes ordinaires, le cinéaste personnifie le reflet d’une certaine intégrité : d’un côté, l’idéaliste garant d’une éthique journalistique et de l’autre, le scientifique tiraillé entre sa conscience morale et le secret professionnel. Ceux-ci pris dans un rouage irréversible, seront prêts à consentir maintes sacrifices pour faire éclater une vérité toujours plus dérangeante. Ces révélations entraînant un lent processus de destruction qui vise à jeter en pâture le témoin à une presse vorace. Au sommet de leur art, l’époustouflant Al Pacino et l’étonnant Russell Crowe, apportent toute leur conviction, renforçant l’amplitude du drame. On sent une montée d’adrénaline dans cet excellent suspense à la tension permanente qui évite le spectaculaire et repose sur une mise en scène d’une grande sobriété.

Malgré ses sept nominations aux Oscars (dont celle du meilleur acteur pour Russell Crowe), on regrettera amèrement que le film n’ait décroché aucune récompense et n’ait pas non plus obtenu l’impact souhaité sur le public. Une œuvre engagée et intense dont le propos se veut également dénonciateur d’une indéniable forme d’hypocrisie. Michael Mann nous livre là une grande leçon de cinéma.
STAY (2005) de Marc Forster avec Ewan McGregor, Naomi Watts, Ryan Gosling, Bob Hoskins.

Et si…

Le cinéaste Marc Forster s’est fait remarquer grâce à des films comme A l’ombre de la haine, réflexion sur le racisme et Neverland évoquant la création du mythique Peter Pan. Cette fois, le réalisateur convie le spectateur à un voyage dans les dédales de l’esprit, quelque part entre rêve et réalité où se mêlent vertige paranoïaque et tableaux oniriques.

Dès les premières instants, Stay captive, intrigue : un accident s’est produit, un jeune homme se tient debout à distance d’une voiture enflammée. Il s’appelle Henry Letham, étudiant en art et vient annoncer son suicide prochain lors d’une consultation avec le psychiatre Sam Foster. A partir de cette rencontre, une étrange connexion entre Sam et son patient tourmenté va se produire, modifiant la perception du jeune psychiatre sur son environnement.

Pour traduire ce basculement progressif dans la folie, l’auteur explore le domaine du fantastique expérimental. Les séquences de transition et autres effets de style évoquant l’œuvre de David Lynch ou l’électrochoc L’échelle de Jacob sans l’aspect fantasmagorique appuyé. Une influence qui se ressent également dans le mouvement des cadrages et les angles de vues. L’atmosphère pesante contribue à renforcer le sentiment de désarroi du héros qui a des impressions de déjà-vu et un dédoublement de personnalité (dont un passage qui évoque le climat glacial de Shining). Des éléments s’ajoutent au récit sans toutefois s’imbriquer pendant que certains plans ou dialogues sèment des indices. Plus l’étau se resserre autour de celui-ci, plus la narration devient floue et sinueuse jusqu’au dénouement qui curieusement arbore un air de déjà-vu. Au-delà de cette déception, le long métrage laisse des questions en suspens mais a le mérite de faire méditer sur des thèmes comme la vie, la mort, la culpabilité.

Cette "histoire à dormir debout" ne serait pas si prenante si elle n’était pas emmenée par des acteurs de talent comme Ewan McGregor, Naomi Watts (l’une des héroïnes de Mulholland Drive, encore un clin d’œil à Lynch) et surtout Ryan Gosling (Danny Balint) qui compose un personnage à la fois inquiétant, ambigu et émouvant.

Stay (le titre évoque la mélodie de U2) demeure une expérience intéressante mais pas totalement aboutie dont l’intérêt principal réside dans ses qualités esthétiques et la conviction de son interprétation.
THE PLEDGE (2001) de Sean Penn avec Jack Nicholson, Aaron Eckhart, Sam Sheppard, Robin Wright Penn.

Le jour de son départ en retraite, l’inspecteur Jerry Black en apprenant le meurtre et le viol d’une fillette, décide de se joindre aux enquêteurs. Bouleversé par le chagrin des parents, il promet à la mère de trouver et de punir le meurtrier. Un suspect est alors arrêté et avoue le crime lors d’un interrogatoire. Malgré les aveux, Black reste sceptique et poursuit seul ses investigations.

Après Crossing Guard en 1995, l’acteur-réalisateur Sean Penn réitère sa collaboration avec le grand Jack Nicholson pour sa troisième réalisation. Un polar psychologique ne comportant ni coups de feu ni poursuites, mit en scène sans aucun effet tapageur.

Comme à l’accoutumée, le trop rare Jack Nicholson démontre l’étendu de son immense talent. L’un des derniers monstres sacrés du cinéma américain est employé avec une grande sobriété (ici pas de sourire carnassier ni de sourcils sardoniques comme on les affectionne) dans un rôle grave et bouleversant. Il est entouré par une distribution prestigieuse rassemblant plusieurs générations d’acteurs dont Vanessa Redgrave, Mickey Rourke ou encore Benicio Del Toro qui malgré leurs courtes apparitions, contribue au déroulement de l’intrigue.

L’histoire se divise en deux parties. La première présente l’enquête sur le meurtre de la fillette (gare aux âmes sensibles sur le lieu de l’homicide). On y suit la dérive de l’inspecteur Jerry Black, obsédé par la capture du tueur. Au moment où l’enquête est classée, il plane comme une odeur de fatalité. A l’instar de Freddy Gale, le personnage de Nicholson dans Crossing Guard, Black se lance alors dans une quête presque mystique afin de tenir une promesse solennelle et trouver ainsi le repos de son âme.

La deuxième est un peu plus sereine, se reposant sur quelques longueurs de même que sur des scènes répétitives prises sous différents angles. Malgré cette apparente tranquillité où l’inspecteur en retraite goûte aux joies de la pêche, l’angoisse vient reprendre ses droits. Un mal sournois toujours présent dans l’esprit de Black qui sème bientôt le doute sur sa propre personne. Le scénario n’épargne pas quelques facilités sans toutefois sombrer dans le conventionnel mais surprendra par l’étrangeté de son dénouement.

Sean Penn demeure un cinéaste intérieur. La force de son objectif est de pouvoir capter les sentiments de personnages souvent complexes à travers leur regard ou leur expression sans qu’une seule ligne de dialogue ne soit dictée. En plus d’être un acteur éclectique, on lui reconnaîtra indéniablement des qualités de metteur en scène comme celle de savoir tirer le meilleur de comédiens tels que Jack Nicholson.