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ACTION
BLACK DYNAMITE (2010) de Scott Sanders avec Michael Jai White.

Fort d'une culture de cinéphile, Scott Sanders rend un hommage tonitruant à la blaxpoitation, phénomène apparu dans les années 70 où les acteurs afro-américains sont devenus les héros de films d'action à petit budget. Sous l'angle de la dérision, le réalisateur s'amuse à passer en revue un genre dominé par les postiches, les costumes aux couleurs criardes, les filles sexy ou la musique funky et convoque les artifices d'usage (faux raccords, zooms intempestifs, image délavée) afin de s'immerger dans cette ambiance old school.

Le scénario réduit au strict minimum relate le parcours violent d'une figure de Harlem voulant venger la mort de son frère en faisant parler la poudre d'un gros calibre ou en pratiquant l'art de la savate et du nunchaku à la manière de Bruce Lee. L'absurdité de certaines situations est appuyée par le cabotinage hilarant des acteurs. Arborant perruque et moustache, Michael Jai White (Spawn) ressemble à un mélange des célébrités de l'époque comme Richard Roundtree, Jim Kelly et Fred Williamson. Idem pour Pam Grier qui trouve un équivalent dans le personnage joué par Salli Richardson. Black Dynamite assume pleinement son statut parodique et garantit un véritable florilège de délires kitsch jusqu'à un générique final animé.
DIE HARD 4 - RETOUR EN ENFER (2007) de Len Wiseman avec Bruce Willis, Justin Long.

En 1988, John McTiernan initia la saga Die Hard avec la tour infernale de Piège de cristal. Le film révéla au grand public un inconnu du nom de Bruce Willis, alors cantonné à la série Clair de lune. Le cinéaste établit également un solide cahier des charges concernant le cinéma d’action. Les mésaventures de l’inspecteur John McClane se prolongèrent en 1990 dans l’aéroport enneigé de 58 minutes pour vivre avec Renny Harlin aux commandes. L’année 1995 vit le retour de John McTiernan derrière la caméra pour Une journée en enfer dans les rues de New York. Ainsi Alan Rickman, William Sadler et Jeremy Irons se succédèrent au poste de terroriste en chef. Ce quatrième volet est mis en scène par Len Wiseman qui débuta en tant qu’accessoiriste sur les grosses productions de Roland Emmerich puis se lança dans le monde de la publicité et du clip musical avant de réaliser le diptyque Underworld.

Pour cette nouvelle enquête, McClane est chargé de protéger un jeune hacker et se retrouve au cœur d’un gigantesque complot visant les infrastructures informatiques des Etats-Unis. Le 4 juillet, jour de la fête nationale devient bientôt synonyme de désordre et de chaos dans tout le pays.

Il fallait s’en douter, les vétérans reprennent du poil de la bête. Après que Arnold Schwarzenegger ait endossé pour une troisième fois la carcasse du Terminator en 2003, Bruce Willis remet le couvert alors que Sylvester Stallone (Rocky Balboa ou John Rambo) et Harrison Ford (Indiana Jones) lui emboîtent le pas. Cependant, le capital sympathie de l’acteur n’a pas faibli avec le temps et notre dur à cuire tient toujours la forme. Il chute, il saigne, il esquive les balles mais il galope toujours autant et laisse même échapper les vannes (parfois inopportunes) de circonstance.

Quelque peu désabusé par sa relation avec sa fille (Mary Elizabeth Winstead, l’héroïne de Destination finale 3), le flic casse-cou apparaît comme un cheveu dans la soupe et flanqué d’un acolyte surdoué en informatique (Justin Long, remarqué dans Jeepers Creepers) qui ne soit pas une tête à claques. Le tandem antagoniste se révèle la meilleure idée du script car il donne lieu à une amusante confrontation entre générations où l’un est partisan des méthodes musclées tandis que l’autre préfère se creuser pour les méninges pour utiliser la technologie à bon escient. Face à ce duo qui fonctionne la plupart du temps, le seul véritable talon d’Achille réside dans un couple de cyberterroristes qui manque d’envergure. Timothy Olyphant (la série Deadwood) s’affiche comme une sorte de dandy peu inquiétant et le personnage de Maggie Q (l’espionne de M:I3) est sous-exploité malgré son empoignade avec McLane.

Quant à la réalisation, Len Wiseman a le mérite de ne pas céder à l’écueil du surdécoupage et montre une certaine volonté d’œuvrer dans un classicisme avec efficacité. Toutefois, il livre des séquences d’action spectaculaires (cascades, explosions) accompagnées de cette touche de surréalisme inhérente à la franchise. A propos de marque de fabrique, le spectateur se demandera où est passé l’indécrottable marcel, au pressing sans doute.

Sans se hisser au niveau virtuose de ses prédécesseurs, ce Retour en enfer (sous-titre français ridicule qui fait penser à un film d’horreur ou de guerre) s’avère moins catastrophique que prévu et se défend assez bien en tant que numéro 4 d’une franchise. Die Hard 4 constitue un bon gros film d’action décomplexé et en matière de divertissement, il ne risque pas de manquer sa cible.
LE JEU DE LA MORT 2 (1981) de Ng See-Yuen avec Kim Tai Jung.

Tournée en 1981, cette séquelle s'est révélée une escroquerie misant son unique argument commercial sur le nom de Bruce Lee dans une période où les clones du Petit Dragon pullulaient pour exploiter le filon et profiter de sa notoriété. Assez basique, le scénario raconte le parcours périlleux de Bobby Lo cherchant à venger la mort de son frère Billy, le héros du précèdent épisode.

D'emblée, un problème de taille se manifeste car l'histoire ne fait aucun lien avec son modèle et pencherait plutôt vers une suite-remake d'Opération Dragon. La réalisation s'acharne à reproduire les lacunes du premier opus dans une démarche artistique encore plus médiocre. Ainsi toute la première partie du métrage s'articule entre faux raccords avec doublures (Kim Tai Jung et Yuen Biao) filmées de dos ou dans la pénombre et plans d'insertion grossiers issus de minutes coupées d'Opération Dragon ou d'images tirées d'autres films de Lee. Le clou du spectacle étant constituée par la chute d'un mannequin censé représenter Billy Lo. Bref, l'illusion ne prend à aucun moment et le montage affiche un mépris constant envers la présence virtuelle de Bruce Lee. A cette bouillie visuelle ne craignant pas le ridicule, il faut ajouter le jeu excessif des acteurs, des passages involontairement ringards (le figurant simulant une attaque féline avec une peau de tigre) et des scènes de kung fu chorégraphiées par Yuen Woo Ping qui ressemblent plus à des acrobaties aériennes où seul le combat dans la serre avec Casanova Wong essaye de renouer avec le style du grand Bruce.

Si le premier Jeu de la mort avait au moins l'intérêt de faire découvrir 10 minutes de séquences inédites avec Bruce Lee, cette suite bourrée d'incohérences s'avère une véritable insulte à la mémoire du légendaire artiste martial.
OPERATION ESPADON (2001) de Dominic Sena avec John Travolta, Hugh Jackman, Halle Berry.

Voici un film dont la sortie en salles est malvenue dans le contexte actuel et dont la moralité paraît à première vue, douteuse. Cette production signée Joel Silver (dont on devine l’implication rien qu’en visionnant l’arsenal d’effets pyrotechniques déployé et l’évasion aérienne finale) paraît remplir son contrat dans les premières minutes. On nous présente une scène d’ouverture techniquement réussie, audacieuse dans son traitement et soutenue par une certaine tension. Puis il se produit un dramatique retour en arrière. A partir de ce moment-là, le récit accumule tout ce qu’il peut y avoir d’incongruités scénaristiques et de situations téléphonées. Cette histoire de cyberbraquage foisonne de poncifs que servent des personnages aux stéréotypes évidents. Ainsi, on y retrouve John Travolta en gangster raffiné et en méchant aussi convaincant que dans Broken Arrow, Hugh Jackman en pirate informatique surdoué, la sublime Halle Berry dans les jupes d’une nana provoc et le pourtant excellent Sam Sheppard qui a du se perdre sur un autre plateau de tournage tellement il est insipide dans son rôle de sénateur véreux.

Même l’affiche en noir et blanc est trompeuse, le groupe de terroristes posant comme sur une photo de famille. Cela dit, on ne pouvait pas en attendre plus de la part de Dominic Sena qui avait eu la bonne idée de diriger un Brad Pitt à contre emploi dans Kalifornia. Il semble s’être fourvoyé depuis le décevant 60 secondes chrono dans l’action spectaculaire calibré pour plaire à un jeune public pas trop regardant sur le scénario. Si il est fait référence par le personnage de Travolta, de grands réalisateurs comme Steven Spielberg (Sugarland Express) et Sidney Lumet (Un après-midi de chien), force est de constater que Dominic Sena est très loin d’égaler leur talent.

Comble de l’ironie : Travolta prétend au début que Hollywood ne produit que des films sans intérêt, faut-il prendre ces propos comme un avertissement pour le spectateur ou était-ce une façon maladroite de se tourner en dérision ?
UN SEUL DEVIENDRA INVINCIBLE (2002) de Walter Hill avec Wesley Snipes, Ving Rhames, Peter Falk.

Depuis le début de la décennie, de solides artisans tels que John Mc Tiernan, William Friedkin ou encore Peter Hyams tentent de remonter péniblement la pente en se fourvoyant dans la série B voire le remake. Figure marquante du cinéma d’action dans les années 80, Walter Hill a commencé comme scénariste notamment chez Sam Peckinpah pour Le guet-apens avant de signer des polars urbains comme 48 heures ou Double détente. Pour façonner l’intrigue d’Invincible, il s’est essentiellement inspiré de l’affaire Tyson.

Georges "Iceman" Chambers, champion de boxe dans la catégorie poids lourds est accusé d’un viol qu’il nie avoir commis. Dans le pénitencier où il est transféré, Monroe Huntchen, le boxeur local purge sa peine pour un crime passionnel. Les deux adversaires demeurent invaincus mais l’affrontement semble inévitable.

Il est donc inutile de chercher une quelconque trace de scénario comme peut en témoigner la courte durée du long métrage. La peinture de l’univers carcéral se limitant à l’exploitation de certains clichés sur les rivalités viriles. En effet, tout l’intérêt de l'histoire repose autour du combat final qui prend une dimension titanesque. A ma gauche, on ne présente plus Wesley Snipes, vedette du film d’action, qui fait preuve de sobriété en jouant ce détenu taciturne symbolisant la force tranquille tandis qu’à ma droite, l’imposant Ving Rhames (l’informaticien de Mission impossible 1 & 2) se glisse à la perfection dans la peau de ce boxeur arrogant et vaniteux, en pastichant Mike Tyson à sa manière. On remarque également la présence de Peter Falk, le célèbre lieutenant en imper beige, dans le rôle du vieux mafieux organisant les paris.

Quant aux deux séquences de combat, elles renvoient à celles qu’avaient tournées Walter Hill pour Le bagarreur (1975), sa première œuvre. Bien que son film soit pourvu d’un rythme assez soutenu, le cinéaste a une fâcheuse tendance à abuser des effets faciles (image figée en noir et blanc avec fiche d’identité du prisonnier, compte à rebours journalier et de répétitifs flashs blancs de transition). On peut se demander si ce ne serait pas dans le but de conférer un aspect moderne à la mise en scène qui s’accompagne par ailleurs d’une bande-son rap.

Walter Hill prouve qu’il n’a rien perdu de son efficacité mais malgré des scènes d’action techniquement bien réalisées associées à une interprétation honorable, ce Invincible ne risque pourtant pas de figurer en bonne place dans les annales du film de boxe.
 
ESPIONNAGE
CASINO ROYALE (2006) de Martin Campbell avec Daniel Craig, Eva Green, Mads Mikkelsen, Judi Dench.

Vous connaissez les nom et matricule. Depuis plus de quarante ans, l’agent du MI6 sauve le monde en déjouant les plans du SPECTRE et autres terroristes. Pour cette vingt et unième aventure, l’artisan Martin Campbell déjà initiateur de Goldeneye en 1995, premier Bond avec Pierce Brosnan, opère un retour aux sources. Une mode baptisée préquelle qui s’est répandue avec L’exorciste, la prélogie Star Wars ou Batman Begins et bientôt le jeune Hannibal Lecter.

Le long métrage commence sur une séquence filmée dans un noir et blanc expressionniste où James Bond est promut double zéro et acquière son fameux permis de tuer. Après un générique aux notes très peu bondiennes, il se lance sur les traces du Chiffre, banquier pour le compte d'une organisation terroriste internationale.

A l’origine, Casino Royale est le premier roman de Ian Fleming paru en 1953 et parallèlement la première mission de 007. En 1967, une première version satirique en est tirée et mise en scène par cinq réalisateurs (dont John Huston) et le héros personnifié par divers acteurs (entre autres Peter Sellers et David Niven). Ces dernières années, Ethan Hunt et Jason Bourne commençaient à faire de l’ombre à notre espion gentleman. Le moment était donc venu de donner un nouveau souffle à la saga avec une certaine optique pour le réalisme. Le scénario prend le parti d’épurer la franchise : pas de point de mire en ouverture, pas de Miss Moneypenny, de Q et ses gadgets et de méchant mégalomaniaque tentant de dominer le monde sur fond de guerre froide. L’histoire n’oublie pas pour autant d’adresser quelques clins d’œil aux fans (l’Aston Martin ou l’agent de la CIA Felix Leiter).

Composantes de l’univers bondien, les scènes d’action efficaces et spectaculaires répondent à l’appel : cascades époustouflantes, cadence effrénée et plages de suspense notamment dans le point d’orgue constitué par une partie de poker sous tension suivie d’une séance de torture éprouvante pour la gente masculine. Avec cette succession de poursuites, le spectateur a très peu de temps pour reprendre son souffle et reconstituer le puzzle de l’intrigue.

Bien qu’il ait attiré les foudres des fans par son profil blond aux yeux bleus, Daniel Craig (remarqué dans Layer Cake et Munich) imprime son magnétisme à l’écran et son charme animal fonctionne à merveille. Il incarne un Bond arrogant, violent, impulsif, limite vaniteux mais aussi vulnérable et sensible. Un portrait aux antipodes de l’icône populaire auquel on est habitué. Dans le rôle de Vesper Lynd, Eva Green apporte l’élément romantique et livre une interprétation plus nuancée que la traditionnelle image de pot de fleur.

Davantage le redémarrage d’une franchise qu’un prologue aux films avec Sean Connery, Casino Royale marche à plein régime grâce à un rythme haletant et une volonté de divertir tout en offrant un James Bond à la fois new age et brut de décoffrage. Son nom est Craig, Daniel Craig et il pourrait bien revenir prochainement.
MISSION : IMPOSSIBLE 2 (2000) de John Woo avec Tom Cruise, Thandie Newton, Dougray Scott, Ving Rhames.

En 1966, le scénariste Bruce Geller lance les aventures de l’IMF (Impossible Mission Force) avec à leur tête Jim Phelps incarné par Peter Graves. Cette série d’espionnage s’arrête en 1973 au terme de 171 épisodes répartis sur 7 saisons. Le thème composé par Lalo Schifrin et le célèbre "ce message s’autodétruira dans 5 secondes" viendront conforter son statut de série culte. Une seconde baptisée Mission : Impossible, 20 ans après voit le retour de Peter Graves avec une nouvelle formation, elle débute en 1988 et se termine en 1990 avec 35 épisodes sur 2 saisons.

En 1996, Brian De Palma adapte le concept pour le cinéma dans un film produit et joué par Tom Cruise. La distribution regroupe Emmanuelle Béart, Ving Rhames, Jean Reno, Vanessa Redgrave, Henry Czerny et Jon Voight qui reprend le personnage de Phelps. Ce dernier ne tarde pas à disparaître au profit d’Ethan Hunt.

L’agent de l’IMF, Ethan Hunt interromps brusquement ses vacances pour s’engager dans une nouvelle mission périlleuse. Cette fois-ci, il est chargé de retrouver un virus aux effets dévastateurs baptisé "La Chimère", dérobé par Sean Ambrose, un ancien frère d’armes. Pour cela, il recrute l’ex-compagne d’Ambrose, une cambrioleuse de charme afin de localiser l’échantillon viral. Au cours de cette aventure, Hunt retrouve Luther Stickwell, l’as de l’informatique, qui fait de nouveau équipe avec lui.

Cette suite s’apparente plus à une nouvelle aventure de l’agent Ethan Hunt plutôt qu’à une nouvelle mission impossible, et se démarque très largement de l’esprit originel de la série culte. En effet, si les scènes d’action sont légions, les références y sont extrêmement minces et ce n’est pas le fameux message s’autodétruisant qui prétendra le contraire. Le seul élément qui aura survécu au passage sur grand écran, étant le célèbre masque de latex. On se souvient que le premier opus de Brian De Palma était énigmatique avec de multiples références hitchcockiennes, un suspense bien entretenu, des scènes d’action anthologiques judicieusement éparpillées (la spectaculaire évasion du restaurant aquarium) avec effet de surprise à la clé alors que cette séquelle s’enlise dans une débauche de cascades spectaculaires et dans un scénario d’une banalité affligeante.

Quant à Tom Cruise (saluons tout de même ses prouesses physiques durant le tournage) qui mène aussi la barre à la production, il s’est réservé le rôle du beau super-héros indestructible. On peut se demander également si John Woo n’a pas oublié qu’il avait un style (les fameux ralentis entre autres) ou si c’est un choix délibéré du producteur interprète. Les seules scènes vraiment intéressantes restent les passages où Tom Cruise donne la réplique à Anthony Hopkins (qu’est-il venu faire dans cette galère, ce grand Monsieur ?). Quant au reste, ça laisse un goût de déjà-vu, style n’oubliez pas de laisser vos neurones à l’entrée de la salle ! Comme quoi, ce n’est pas avec un bon réalisateur et de gros moyens que l’on fait les meilleurs films.
OSTERMAN WEEK-END (1983) de Sam Peckinpah avec Rutger Hauer, John Hurt, Burt Lancaster.

Lorsque Le convoi sort en 1978, la carrière de Sam Peckinpah amorce son déclin. Sa consommation abusive d’alcool et de drogue le diminue physiquement en plus de problèmes cardiaques. Sa créativité artistique en pâtit, une mauvaise réputation le précède et les grands studios ne lui accordent plus leur confiance. Il réussit pendant un temps à assister son vieux complice Don Siegel avant de rechuter. Pourtant, les producteurs Peter Davis et William Panzer croient encore en ses capacités et font appel à lui pour diriger l’adaptation du roman Le week-end d’Osterman écrit en 1972 par Robert Ludlum (créateur de Jason Bourne incarné à l’écran par Matt Damon). Un récit mouvementé où se mêlent le thriller et l’espionnage sur fond de manipulation télévisuelle.

Animateur de l’émission télévisée Face à face, John Tanner est contacté par Lawrence Fassett, un agent de la CIA. Grâce à des vidéos, celui-ci prouve à Tanner que ses trois amis sont des espions du réseau Omega à la solde du KGB. Sceptique, le journaliste accepte toutefois la mission de les confondre alors qu’il s’apprête à les recevoir eux et leur femme pour le traditionnel week-end baptisé Osterman en l’honneur de celui qui a initié la coutume.

Sous couvert d’un film de commande, Sam Peckinpah prend le spectateur à revers et titille son instinct voyeuriste dès la troublante séquence d’ouverture. Le metteur en scène illustre également son propos par le biais du personnage de Tanner épiant les différents écrans de contrôle donnant sur chaque pièce de la maison. Un dispositif de caméras de surveillance qui préfigure d’ailleurs le concept de la télé réalité et renforce le sentiment de s’immiscer dans l’intimité des individus tout comme cette sensation de danger permanent.

Car le cinéaste ne néglige pas pour autant le suspense qu’il orchestre avec maestria. Les rouages de l’intrigue se mettent en place comme les pions sur un échiquier. Dans sa résidence, le héros se retrouve face à un trio de supposés traîtres. L’opération destinée à les démasquer dévoile bientôt sa véritable nature. La tension psychologique s’installe puis le climat de violence latente (faisant écho à celui des Chiens de paille) explose dans une séquence d’action opposant armes rudimentaires et machines de pointes. Cela permet au réalisateur d’imprimer avec efficacité sa marque de fabrique (montage alterné et ralentis) qui connaît son apogée lors d’une scène autour d’une piscine. Un certain goût pour la stylisation de la violence que John Woo a intégré à sa façon dans ses productions de Hong Kong.

Pris dans un engrenage machiavélique, Rutger Hauer se montre étonnant dans un contre-emploi où il campe ce chroniqueur dépassé par les évènements à l’instar de ses partenaires Craig T. Nelson, Meg Foster, Dennis Hopper ou Chris Sarandon. Dans le camp de l’ambiguïté, John Hurt (fabuleux John Merrick dans Elephant Man) exploite tout le caractère insidieux de son rôle tandis que l’excellent Burt Lancaster rivalise de cynisme et de complaisance.

C’est donc sur une note empreinte d’ironie que Sam Peckinpah a choisi d’achever son long métrage. Tanner invitant le spectateur à éteindre son poste et l’instant d’après, déclarant une forme d’addiction du public au petit écran. Une scène qui conclut une méditation sur le pouvoir de l’image notamment celui de modifier la réalité. Le plan final montre une chaise de studio vide accompagné d’un air mélancolique de saxophone signé Lalo Schifrin. Quelle plus élégante manière de tirer sa révérence en renvoyant la société à son miroir.

Pour cet ultime baroud d’honneur, l’auteur de La Horde sauvage et du Guet-Apens signe une œuvre visionnaire et un film testament qui témoigne de la virtuosité d’un artiste écorché vif ayant influencé toute une génération et marqué définitivement la mémoire des cinéphiles grâce à une filmographie exemplaire.
LA RECRUE (2003) de Roger Donaldson avec Al Pacino, Colin Farrell.

L’art du mensonge.

Récemment avec Basic, John MacTiernan nous gratifiait d’un polar divertissant avec coup de théâtre à la clé. Apparemment, Roger Donaldson a décidé d’emprunter cette voie, prouvant par le passé qu’il pouvait se montrer efficace dans un registre comme le thriller qu’il soit psychologique (Sens unique) ou politique (dernièrement Treize jours).

Le film se découpe en deux parties : tout d’abord, l’initiation de James Clayton, jeune et brillant informaticien approché par Walter Burke, vétéran de la CIA qui souhaite le voir intégrer les services secrets américains. Dans un centre d’entraînement secret baptisé la Ferme, Clayton apprend les ficelles du métier et s’éprend de Layla, une autre volontaire. Puis vient la mise à l’épreuve où il devra faire le choix entre sa mission et sa vie sentimentale.

En s’essayant au récit d’espionnage au penchant paranoïaque, le réalisateur nous emmène dans les coulisses de l’Agence en suivant pas à pas la formation (parfois rude) de ces futurs agents. Le doute s’immisce amenant un suspense qui s'amplifie à mesure que progresse l’histoire. De plus, les scènes d’action sont habilement réparties afin de laisser la psychologie des personnages s’exprimer. Ici pas de fioritures visuelles ni de montage nerveux, on évite tout côté spectaculaire en valorisant la sobriété de la mise en scène.

Le scénario est plutôt bien ficelé, promettant quelques retournements de situation et joue également sur la relation maître et élève (certains passages font penser à Spy Game). Mais les rouages de l’intrigue ne sauraient fonctionner sans ce surprenant duo de comédiens qui livrent une interprétation solide : Colin Farrell (Minority Report) entre avec aisance dans la peau de cet espion en herbe à la recherche du passé de son père et parvient à voler la vedette à un magistral Al Pacino qui laisse planer l’ambiguïté en permanence sur son personnage de mentor. Al Pacino qui ces derniers temps, fait des choix judicieux. D’ailleurs, Insomnia a encore une fois démontré l’étendu de son talent et confirmé le fait qu’il reste l’un des plus brillants acteurs actuels.

La recrue allie donc parcours initiatique et jeux de rôles confrontant deux générations dans un univers implacable. Bénéficiant du savoir-faire d’un bon artisan, ce thriller malin manipule un spectateur qui aura certainement du mal à discerner le vrai du faux.
LA SOMME DE TOUTES LES PEURS (2002) de Phil Alden Robinson avec Ben Affleck, Morgan Freeman, James Cromwell, Liev Schreiber, Alan Bates.

Une ogive nucléaire a disparu dans le désert en Israël. Suite au décès du président russe, le diplomate Alexandre Nemerov prend le pouvoir. William Cabot, le directeur de la CIA engage l’analyste Jack Ryan afin de mesurer la situation. Les jours suivants, une bombe chimique explose à Grozny en Tchétchénie et les soupçons se portent bientôt sur le gouvernement russe. Une autre bombe nucléaire cette fois, menace la ville de Baltimore. De son côté, Ryan reste incrédule sur l’implication de la Russie. Son hypothèse étant que des terroristes veulent relancer une guerre entre les grandes puissances. Engagé dans une course contre la montre, Ryan va tenter de sauvegarder une paix devenue fragile.

Le réalisateur de Les experts (1992) dirige cette quatrième aventure de Jack Ryan, héros fétiche du romancier Tom Clancy, spécialiste du techno-thriller. A cette occasion, Ben Affleck incarne un Jack Ryan rajeuni succédant ainsi à Alec Baldwin (A la poursuite d’Octobre Rouge de John McTiernan en 1990) et Harrison Ford (Jeux de guerre et Danger immédiat de Philip Noyce en 1992 et 1994).

La première partie du film se concentre sur l’installation des personnages et de l’intrigue tandis que la deuxième laisse place à l’action et aux scènes spectaculaires. On y suit tout d’abord les débuts de Jack Ryan : scènes d’intimité avec sa future femme, accrochage avec le directeur de la CIA (Morgan Freeman, toujours aussi impérial) et premiers pas involontaires d’espion en compagnie de Clark (campé par Willem Dafoe dans Danger immédiat). Il arrive même que quelques notes d’humour se glissent lors de discussions entre Ryan et son supérieur. On saluera la performance de Ben Affleck qui parvient à rester crédible en toute circonstance. Il est un homme ordinaire à l’intuition inébranlable, plongé dans une situation extraordinaire et devra contrer un terrorisme sournois aux motivations machiavéliques.

Dans la seconde partie, le climat est plus apocalyptique, évoquant par certains aspects la crise des missiles de Cuba et prenant quelques accents de film-catastrophe. Rapports de force entre chefs d’Etat, manipulation, paranoïa, compte à rebours, tous les éléments sont réunis dans ce récit d’espionnage moderne au scénario solide non exempt de poncifs mais riche en rebondissements. La mise en scène conférant à l’histoire, une atmosphère suffisamment oppressante grâce au suspense haletant et la tension permanente. Malgré cela, il faut signaler que la chronologie des romans de Tom Clancy et le parcours de Jack Ryan n’ont pas été suivis à la lettre : en effet, le héros est plus jeune alors que les événements politiques se situent bien après les trois précédents épisodes.

Il semble que les tragiques attentats du 11 septembre aient inspiré cette fiction rappelant les dangers qui nous guettent et à quel point, les perspectives de fin du monde peuvent représenter les plus grandes de toutes les hantises.
SPY GAME, JEU D’ESPIONS (2001) de Tony Scott avec Robert Redford, Brad Pitt.

Sur le point de prendre sa retraite, Nathan Muir, vétéran de la C.I.A., apprend que Tom Bishop, son ex-partenaire vient d’être incarcéré en Chine pour espionnage. Craignant l’incident diplomatique, la C.I.A. refuse de lui porter secours. Pendant 24 heures, Muir va tenter de le sauver d’une mort certaine.

Tony Scott poursuit son virage amorcé dans la catégorie espionnage avec une production se situant entre le huis clos d’USS Alabama (1994) et la paranoïa ambiante d’Ennemi d’état (1998). Avec Spy Game, le réalisateur acquiert une certaine maîtrise dans la mise en scène, s’éloignant progressivement du style clippesque de ses premiers films. A cette occasion, il réunit devant la caméra Robert Redford, figure mythique du cinéma américain et Brad Pitt, acteur maintenant reconnu dans le métier. Le premier ayant justement révélé le second dans le très émouvant Et au milieu coule une rivière (1992).

Après un prologue plutôt nerveux en Chine, l’intrigue pose ses repères dans un milieu hostile : d’emblée, la C.I.A. est présentée comme une organisation inhospitalière et un refuge pour les arrivistes. Celle-ci veut à tout prix se disculper et discréditer l’espion clandestin condamné à mort en convoquant son ancien partenaire. Par flash-back interposés, on suit l’apprentissage du jeune agent secret à travers trois décennies (Vietnam, R.D.A. et Liban) et plus tard, l’amitié qui le liera à son mentor. Loin du romantisme de sa précédente réalisation, on y retrouve un excellent Robert Redford, grave, tour à tour, rédempteur et manipulateur dans un rôle qui s’inscrit dans la lignée de celui qu’il interprétait dans Les trois jours du Condor (Sydney Pollack, 1975). Face à lui, Brad Pitt, sorte de reflet rajeuni du personnage de Redford, reste crédible dans toutes les situations. Brad Pitt marcherait-il sur les traces de Robert Redford ? Au regard de ses choix, il semble que sa carrière ait choisi de suivre la même voie.

Cette interprétation de qualité vient appuyer un scénario solide ne manquant pas de subtilité et jouant également sur la relation maître et élève. Un seul regret tout de même : l’emploi d’effets de style notamment d’inutiles plans arrêtés en noir et blanc avec affichage de l’heure. On peut même trouver certaines séquences un peu bavardes mais qui réussissent à tenir en éveil grâce au climat tendu.

Un bon thriller psychologique et politique qui se rapproche par certains aspects de l’esprit des romans de Tom Clancy (Danger immédiat) dominé par la présence d’un Robert Redford au meilleur de sa forme.
LA VENGEANCE DANS LA PEAU (2007) de Paul Greengrass avec Matt Damon.

Créé en 1980 par Robert Ludlum, Jason Bourne est le héros d’une trilogie littéraire qui l’opposait régulièrement à un terroriste baptisé Carlos. L’espion amnésique a d’abord été incarné par Richard Chamberlain (la série Shogun) dans le téléfilm La Mémoire dans la peau (Bourne Identity) en 1988. Le même récit est librement adapté par Doug Liman en 2002 avec Matt Damon dans le rôle principal. En 2004, Paul Greengrass prend le relais pour La Mort dans la peau (Bourne Supremacy). Depuis cet épisode, James Bond et Ethan Hunt se sont heurtés à une forte concurrence sur le terrain de l’action. Que dire alors de ce cher John McClane ?

Et les producteurs des franchises 007 et Mission : Impossible ont du souci à se faire tant il sera difficile de mettre la barre plus haute. La Vengeance dans la peau (Bourne Ultimatum) choisit de combiner les meilleurs éléments de ses prédécesseurs : la quête d’identité du premier et le style nerveux de la mise en scène du second. L’ex-agent de la CIA est toujours traqué par ses anciens employeurs et retrouve une piste qui pourrait l’aider à expliquer des flashs récurrents.

Cette enquête captivante scotche littéralement le spectateur au siège dès les premières images qui témoignent de la remarquable maîtrise technique du réalisateur. Soutenant une cadence haletante, le cinéaste bascule entre les séquences extérieures et celles des bureaux de Langley sans baisser de régime. En outre, les différents procédés marquent une volonté d’apporter une touche de réalisme : caméras à l’épaule, plans aériens, zooms, cadres serrés et montage sec. Pied au plancher, Bourne amasse les indices à gré des différentes courses-poursuites (la gare de Londres, les toits de Tanger, les rues de New York). Les scènes d’action (notamment un combat à mains nues) se révèlent époustouflantes et ne laissent aucun répit. Le scénario fait preuve de diverses astuces en dépit de quelques incohérences tout en étoffant le passé de Bourne (partiellement dévoilé dans le premier opus) et réservant son lot de révélations en fin de parcours.

Au cœur de cette aventure internationale, le bondissant Matt Damon affiche toujours autant de subtilité. Il y retrouve Julia Stiles (un peu moins figurante) et Joan Allen tenant un rôle plus important dans la narration. Mais son plus redoutable adversaire est joué par l’impeccable David Strathairn (Good Night & Good Luck) qui rivalise de cynisme et de rigidité bureaucratique. On notera également les présences de Scott Glenn et Albert Finney en hommes de l’ombre.

Rares sont les suites qui surpassent leur modèle et ce troisième Bourne confirme la réussite d’une trilogie qui est parvenue à redéfinir les codes du film d’espionnage. Toutefois, la saga de Jason Bourne ne s’arrête pas là vu que Eric Van Lustbader a repris le flambeau de Ludlum et publié deux nouvelles : La Peur dans la peau (Bourne Legacy) puis Bourne Betrayal.
 
GUERRE
LA CHUTE DU FAUCON NOIR (2001) de Ridley Scott avec Josh Hartnett, Ewan McGregor, Tom Sizemore, Sam Sheppard, Jason Isaacs, Eric Bana.

Le 3 octobre 1993, sous l’égide de l’O.N.U, des marines américains sont envoyés en mission à Mogadiscio en Somalie pour restaurer la paix et capturer les deux lieutenants de Mohamed Farrah Aidid, le despote local. Mais l’opération tourne au désastre quand les commandos se heurtent violemment à la population et à la milice.

Après un piètre Hannibal, Ridley Scott s’inspire du livre de Mark Bowden, journaliste de terrain qui relate l’intervention de rangers dans la guerre civile somalienne où un dictateur privait la population de toute nourriture. A la production, le cinéaste se retrouve associé au patriotique Jerry Bruckenheimer, spécialiste du film d’action à gros budget (notamment le désastre cinématographique que représente Pearl Harbor).

Un véritable fiasco en effet non seulement pour l’armée américaine mais aussi pour Ridley Scott qui se contente de filmer près de deux heures de canardages effrénés et assourdissants. Dés le démarrage, les stéréotypes affluent à l’écran. Le profil idéologique des soldats témoignant d’une certaine limite : sans peur et sans reproches, prêts au sacrifice (même blessés, ils ont hâte de repartir au champ de bataille !). A ce titre, la bannière étoilée ne flotte pas au vent mais l’ombre de Bruckenheimer, elle, semble bien planer et Scott a bien du mal à se démarquer du discours habituel (la scène finale où les survivants courent vers le stade en est la parfaite illustration). Et l’on ressent ce même manque de psychologie chez les autochtones qui sont dépeints comme un peuple barbare. Le scénario s’embourbe lui aussi quand il s’agit de mettre en place un macabre jeu de dominos engendrant davantage de pertes humaines et prétexte à d’interminables courses dans les ruelles. Pour les scènes de combats, Scott verse dans le réalisme à la manière d’un Steven Spielberg qui se révélait tout de même plus convaincant dans son Il faut sauver le soldat Ryan. Quant au contexte historique et politique (les causes et les enjeux du conflit), ils sont juste survolés avec un rapide rappel des faits exposé en introduction.

Au bout d’une heure, l’ensemble devient ennuyeux et répétitif, bref sans intérêt. La chute du faucon noir annoncerait-elle celle du réalisateur culte d’Alien et Blade Runner ? Espérons sincèrement que cela n’est qu’une mauvaise passe car on a vraiment l’impression de visionner une œuvre dépourvue d’ambition doublée d’un énième produit dédié à l’héroïsme et au propos démodé.
K-19 (2002) de Kathryn Bigelow avec Harrison Ford, Liam Neeson.

Prisonniers du doute.

Dans le domaine de l’action, Kathryn Bigelow s’est bâtie une solide réputation en filmant des polars dynamiques comme Point Break ou Strange Days. Après une parenthèse intimiste (Le poids de l’eau), la réalisatrice s’est inspirée de faits réels pour relater le tragique voyage inaugural du K-19 (surnommé le faiseur de veuves, d’où le titre original), le premier submersible nucléaire de l’arsenal soviétique et l’attitude courageuse de son équipage face à un dilemme dont l’enjeu de taille, était la préservation de la paix entre les deux grandes puissances.

L’action se situe alors que la guerre froide est en pleine effervescence. Le 18 juin 1961, le K-19 est mis à flots malgré ses équipements vétustes et doit exercer une mission de dissuasion. Le 4 juillet 1961, dans le nord de l’océan Atlantique, le bâtiment subit une grave avarie au moment où la tension s’accroît entre le capitaine Alexi Vostrikov et son subalterne, Mikhael Polenin.

Lorsque l’on pense aux films se déroulant à bord de sous-marins, d’incontournables références surgissent à l’esprit comme A la poursuite d’Octobre Rouge, USS Alabama, U-571 ou encore Le Bateau. C’est vers ce dernier que s’est principalement orientée Kathryn Bigelow en choisissant d’éviter les artifices spectaculaires pour se concentrer sur la psychologie des personnages. La première partie présente une suite de démonstrations techniques (exercices et simulations en temps réel) alors que la deuxième repose sur des ressorts dramatiques. Ainsi, l’armée russe a payé un lourd tribut avec le sacrifice de nombreux membres d’équipage afin d’éviter une catastrophe dont la probable conséquence aurait été le déclenchement de la troisième guerre mondiale. Dans cet environnement à huis clos, la mise en scène instaure un suspense suffoquant où la claustrophobie contribue à entretenir le doute et la peur parmi des hommes à la limite de la mutinerie. On soulignera également que certaines scènes peuvent paraître assez dures notamment celles où les matelots sont irradiés après avoir effectué des soudures dans le compartiment du réacteur atomique.

Par-delà la guerre des nerfs avec les Etats-Unis, l’histoire donne lieu à un conflit intérieur où s’affrontent deux idéologies représentées par un magistral tandem de comédiens : Harrison Ford impressionne par sa détermination, personnifiant le capitaine Vostrikov écrasé par un sens du devoir exacerbé, gagnant par la suite en humanité à travers cette terrible épreuve, face à cette personnalité intransigeante et taciturne, un autre acteur de poids, l’excellent Liam Neeson impose une forte présence, en incarnant le capitaine en second Polenin qui se veut plus proche de ses hommes par un esprit de camaraderie prononcé. La relation Vostrikov/Polenin évoquant par certains aspects, la rivalité entre Fletcher Christian et William Blight dans Les révoltés du Bounty.

K-19 (on évitera volontairement de citer le sous-titre tant il est ridicule) est une tragédie humaine en même temps qu’un hommage historique qui honore la mémoire de ces héros anonymes comme dans ce prologue certes émouvant mais pas vraiment utile au récit.
MISSION EVASION (2002) de Gregory Hoblit avec Bruce Willis, Colin Farrell.

Pour son quatrième long métrage, Gregory Hoblit s’éloigne du thriller fantastique pour relater une chronique sur la seconde guerre mondiale adaptée d’un roman de John Katzenbach.

Dans un camp de prisonniers allemand, Thomas Hart, un jeune officier est accueilli par le colonel William Mc Namara, responsable de l’ensemble des soldats. Suite à un meurtre, Hart décide de défendre un jeune noir injustement accusé de ce crime. Durant le procès, le nouvel arrivant se heurte vite à l’hostilité de la cour.

Décidément les américains ne sont jamais en mal d’inspiration dès qu’il s’agit de raviver la flamme du patriotisme et ce film là n’échappe malheureusement pas à la règle. Après un prologue certes réussi suivi d’une exposition un peu longue des protagonistes, l’intrigue pose ses repères : l’armée américaine est dépeinte comme un groupe pratiquant la discrimination à toute échelle. L’histoire dérive ensuite lentement vers un ersatz de la grande évasion (d’où ce titre ridicule qui dévoile tout l’intérêt du scénario). Enfin, vient un final des plus convenus avec l’éternel discours sur l’honneur, la loyauté et le devoir où l’héroïsme triomphera de nouveau. Il reste tout de même l’interprétation qui parvient à surpasser l’ensemble. Ainsi Colin Farrell (l’adversaire de Tom Cruise dans Minority Report) surprend en tirant largement son épingle du jeu dans la peau de ce jeune officier plus habile à manier le droit que les poings. Face à lui, Bruce Willis (qui il faut le rappeler, est second rôle) confère toute l’ambiguïté nécessaire à son personnage de militaire gradé. D’ailleurs, il est à signaler une intéressante confrontation entre ce dernier et le colonel allemand.

Hart’s War hésite entre le traditionnel film de guerre et le film de prétoire dont les relations entre les personnages auraient rehaussé l’ensemble si elles avaient été plus fouillées. De ce fait, il laisse le sentiment hormis d’être enfermé pendant plus de deux heures, d’arpenter des sentiers maintes fois battus.
NOUS ETIONS SOLDATS (2002) de Randall Wallace avec Mel Gibson, Sam Elliott, Madeleine Stowe, Chris Klein, Greg Kinnear, Barry Pepper.

Le 14 novembre 1965 au Vietnam, 400 soldats américains sont envoyés dans la vallée de la Drang surnommée la vallée de la mort. Menés par le lieutenant colonel Harold G. Moore, ils se retrouvent bientôt encerclés par 2000 nord-vietnamiens. La bataille fait alors rage tandis les pertes humaines affluent.

Randall Wallace a commencé sa carrière en rédigeant le scénario de Braveheart, une fresque historique mise en scène et interprétée par Mel Gibson. Plus tard, il passera derrière la caméra pour un inutile L’homme au masque de fer puis signera le script du très médiocre Pearl Harbor. Pour cette nouvelle réalisation, il s’inspire des mémoires de l’officier Harold G.Moore et de Joseph Galloway, correspondant de guerre relatant la première bataille s’étant déroulée au Vietnam. Les deux hommes étant présents lors de ce massacre qui ouvrit les hostilités.

Il apparaît clairement que ce long-métrage est dépourvu de toute ambition, en ne proposant aucun regard inédit sur le conflit au Vietnam. L’histoire userait même des clichés propres au genre : on y retrouve la famille modèle américaine et catholique dont le père est l’archétype du brave soldat prononçant un discours formaté sur l’armée, secondé par un gradé grimaçant et criard (Sam Elliott). Mel Gibson y incarne un militaire bienveillant conduisant ses troupes dans un sanglant affrontement et vers une victoire au goût plutôt amer. En voulant montrer les horreurs de la guerre, le réalisateur semble à certains moments hésiter entre la critique sévère et le sermon patriotique qui finira par gagner du terrain.

Les scènes de combat filmées à l’épaule par onze caméras en simultané, sont parfois étayés d’images rudes (mutilation et brûlures) mais lorgnent maladroitement vers l’acuité d’un Oliver Stone (Platoon) et le réalisme d’un Steven Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan). Et ce n’est pas cette tentative d’exposer le point de vue de l’autre camp qui arrange les choses, réduisant le chef vietnamien au simple rang de stratège. La mention spéciale revient à des comédiens tels que Barry Pepper (tireur d’élite dans Le soldat Ryan) en journaliste de terrain et Greg Kinnear (coutumier des rôles de bellâtre) en pilote d’hélicoptère qui laissent traduire leur désarroi à travers une excellente composition. Quant aux séquences intercalées où l’on suit les épouses attendant des nouvelles du front, elles se révèlent absolument insignifiantes alors qu’elles sont censées tempérer le reste du récit.

Randall Wallace s’est donc enlisé dans un bourbier scénaristique comme l’avait fait Ridley Scott pour La chute du faucon noir. De cette production, on retiendra un épisode de plus sur le Vietnam, un film de trop qui se veut également un produit élogieux sur l’héroïsme (comme le témoigne la fin avec le mémorial des victimes).
LES SENTIERS DE LA GLOIRE (1957) de Stanley Kubrick avec Kirk Douglas, Adolphe Menjou, George Macready, Joe Turkel, Ralph Meeker, Timothy Carey.

Première guerre mondiale, 1916. Sur le front, le général français Broulard ordonne au général Mireau de lancer une offensive contre une position allemande imprenable, surnommée "La fourmilière". Au cours de l’assaut mené par le colonel Dax qui s’y était opposé, de nombreux soldats sont décimés et les survivants battent en retraite, épuisés. Trois soldats arbitrairement désignés, sont convoqués devant un conseil de guerre pour "lâcheté devant l’ennemi". Défendus par le colonel Dax, avocat dans le civil, ceux-ci risquent d’être fusillés pour l’exemple.

Le scénario est inspiré d’un roman d’Humphrey Cobb de 1935 relatant des faits réels survenus durant la Grande Guerre. Produit avec la participation de Bryna Productions, la société de Kirk Douglas, le film a été tourné en Allemagne dans les studios Geiselgasteig à Munich. Sa projection souleva un torrent de protestations en Belgique. De ce fait, les distributeurs décidèrent de ne pas le sortir dans les salles françaises jusqu’en 1972.

Stanley Kubrick faisait déjà montre d’un grand talent de cinéaste avec cette quatrième réalisation au titre ironique et constituant indéniablement le premier chef-d’œuvre d’une filmographie exemplaire. Le ton est d’ailleurs donné dès les premières notes du générique d’ouverture avec "La Marseillaise". De cette histoire bouleversante, on se souvient d’un long travelling dans les tranchées, des visages boueux et horrifiés puis d’un ennemi invisible canardant les hommes dans une scène cruelle où l’expression "chair à canon" prenait toute son ampleur. L’ensemble étant mis en scène dans un réalisme saisissant. Les soldats deviennent alors des boucs émissaires suite à ce carnage orchestré d’une manière cynique par des généraux rongés par l’ambition au point de ne pas se soucier des pertes humaines. C’est au travers de ces personnages que le réalisateur s’attache à dénoncer avec véhémence l’absurdité de la guerre tel un colonel Dax défendant ce trio de morts en sursis contre l’hypocrisie et la vanité ambiantes lors d’un simulacre de procès. A ce titre, Kirk Douglas se révèle criant d’authenticité et apporte toute la conviction nécessaire à ce rôle dramatique.

Kubrick dresse un implacable réquisitoire anti-militariste, sa vision de la hiérarchie militaire demeurant à ce jour l’une des plus caustiques de l’histoire du film de guerre. Il est certain que son propos ne laissera pas de marbre. Deux ans plus tard, Kirk Douglas fera appel à lui pour le péplum Spartacus devenu un hymne à la liberté.
U-571 (2000) de Jonathan Mostow avec Matthew McConaughey, Harvey Keitel, Bill Paxton, Jon Bon Jovi.

1942 : Le capitaine Mike Dalhgren et l’équipage de l’USS-33 ont pour mission d’aborder le U-571, un sous-marin allemand afin d’y dérober l’appareil Enigma, capable de déchiffrer les codes ennemis. Après le succès de l’opération, le navire américain est torpillé et les sous-mariniers américains sont forcés d’intégrer le submersible germanique. Au cours de leur périple, ils devront faire face à l’hostilité allemande mais aussi à la méfiance de leurs compatriotes.

Cette production Dino de Laurentiis tournée à Malte et en Italie (dans les studios de la CinéCitta, le plus grand plateau de cinéma d’Europe, situés près de Rome) revient aux films de guerres traditionnels à l’esprit baroudeur tel que L’odyssée du sous-marin Nerka (1958), le classique de Robert Wise avec Clark Gable et Burt Lancaster.

Jonathan Mostow (réalisateur de Breakdown avec Kurt Russell) s’est inspiré de faits historiques relatant plusieurs opérations maritimes pour mettre en scène les péripéties de ces sous-mariniers américains pris au piège dans un submersible allemand. Comme à l’accoutumée dans cet univers martial, la notion de patriotisme est mise en avant où le courage, la fraternité et l’honneur sont les valeurs essentielles de ces héros à la bravoure extraordinaire. Côté interprétation, l’impeccable Matthew Mc Conaughey est épaulé par un solide Harvey Keitel remarquable en second officier. L’histoire ne baigne pas dans l’originalité mais l’œuvre impressionne par ses qualités visuelles et sonores, son suspense bien soutenu et son ambiance à huis clos parfois à la limite de la claustrophobie, idéale pour maintenir une réelle tension. Il a le mérite de ne laisser aucun temps mort jusqu’à l’affrontement final et de remplir efficacement son rôle de divertissement d’action spectaculaire.

Une dernière petite note : c’est la marine britannique qui a dérobé Enigma, la machine à décrypter les codes allemands et non la marine américaine comme il l’est expliqué dans le film.
WINDTALKERS, LES MESSAGERS DU VENT (2002) de John Woo avec Nicolas Cage, Christian Slater, Adam Beach.

Durant la Guerre du Pacifique en 1943, le caporal Joe Enders est sévèrement blessé et voit tous ses compagnons mourir lors d’une campagne sur les îles Salomon. Après avoir récupéré dans un hôpital, il se voit confier une nouvelle mission : protéger le soldat Navajo Ben Yahzee au même titre que le marine Pete "Ox" Anderson qui doit assurer la sécurité de Charlie Whitehorse. Ces deux "Code Talkers" transmettant des messages grâce à un code que leurs protecteurs doivent sauvegarder à tout prix même aux dépens de l’individu dans le cas où il serait capturé. Mais cours de la bataille de Saïpan, une complicité s’installe bientôt entre Enders et Yahzee.

John Woo rassemble Nicolas Cage (Volte-face) et Christian Slater (Broken Arrow) dans une chronique basée sur des faits réels relatant un épisode peu connu de la seconde guerre mondiale : le rôle déterminant des indiens Navajos lors du conflit dans le Pacifique. Recrutés dans les marines, ceux-ci étaient formés aux méthodes de codage et utilisaient leur langue maternelle afin de dérouter les japonais et les empêcher de traduire les communications de l’armée.

Dés le départ, le bruitage des mitraillettes est amplifié au point d’en être assourdissant. Dans la foulée, l’éternel plan sur le drapeau de l’oncle Sam claquant au vent précède le défilement de soldats qui tombent sous les balles. Ces affrontements donnent lieu à des élans patriotiques exaltant l’esprit de courage, d’héroïsme et d’honneur. Entre quelques clichés (le marine endurci et grimaçant) et scènes clins d’œil (la ruse pour s’infiltrer dans le camp ennemi), John Woo accumule les traditionnelles séquences de bataille - qui auraient pu être confiées au premier tâcheron hollywoodien - sans aucun réalisme, s’étirant en longueur et qui finissent par écraser les ressorts dramatiques. Ainsi, ces histoires d’amitiés entre militaires de culture différente auraient certainement valorisé le récit si elles avaient eu davantage de relief (ici, la relation entre Anderson et Whitehorse se limite à un duo musical).

Quant aux interprètes, ils parviennent tant bien que mal à tirer leur épingle du jeu. Les deux "anges gardiens" sont incarnés par Nicolas Cage qui entre une nouvelle fois dans la peau d’un personnage torturé (genre dont il s’est fait une spécialité) et Christian Slater qui se montre un peu moins inexpressif que d’habitude. On accordera également une mention spéciale à Adam Beach (Ben Yazhee) qui se révèle très convaincant en soldat candide découvrant l’horreur de sa condition. Le cinéaste tenait un sujet pourtant intéressant et le moyen de rendre un bel hommage mais son traitement va à l’encontre de ce que l’on pouvait espérer et laisse par ailleurs très peu de place au mysticisme indien. En outre, n’avait-il pas dénaturé l’esprit originel de la série Mission : Impossible en signant cette piteuse suite ? Bref, tout ça pour dire que l’on regrette le John Woo de Hong Kong lorsqu’il tournait de vrais polars avec entre autres Chow Yun Fat au générique.

D’une vue générale, Windtalkers est une œuvre dénuée de toute ambition scénaristique et artistique à la réalisation impersonnelle qui vient s’inscrire dans la mouvance d’aberrations filmiques tels que Nous étions soldats, La chute du faucon noir ou encore Pearl Harbor. Pourquoi ne voit-on plus sur les écrans des films comme Apocalypse Now ou La ligne rouge qui portent un véritable regard critique sur la guerre alors que prolifère ce genre de production au propos désuet ?