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20.000 LIEUES SOUS LES MERS (1954) de Richard Fleischer avec Kirk Douglas, James Mason, Paul Lukas et Peter Lorre.
Publié en 1870, 20.000 lieues sous les mers est considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature et cela grâce à l’immense talent du romancier et visionnaire Jules Verne (1828-1905) qui mettait en avant dans ses récits le progrès scientifique et sa passion pour l’exploration. Lorsqu’au début des années 50, Walt Disney décida de le porter à l’écran, il y avait déjà eu trois précédents plus ou moins fantaisistes (dont une version de 1907 signée George Méliès). Il envisagea tout d’abord d’en faire un long métrage d’animation avant de se raviser et de produire une adaptation cinématographique digne de ce nom. Les studios Disney recrutèrent Richard Fleischer connu comme un réalisateur de polars mais aussi fils de Max Fleischer, inventeur de Betty Boop et Popeye et qui fut un temps, un sérieux concurrent de la firme Disney. Sur le plan technique, tout paraissait révolutionnaire : un long tournage aquatique, le premier recours au storyboard, à de nouveaux types d’effets spéciaux et surtout la première utilisation du procédé cinémascope. Les extérieurs ont été tournés à la Jamaïque et les séquences sous-marines au large des îles Bahamas. Pour les scènes du Nautilus, on fit construire un décor de soixante mètres de long sur huit mètres de large. En définitif, le film nécessita quatorze mois de préparation, six mois de tournage et bénéficia d’un budget colossal pour l’époque de cinq millions de dollars. Tous ces efforts furent récompensés par deux Oscars en 1955 : pour la direction artistique et les effets spéciaux.
San Francisco 1868 : un monstre marin coule les navires qui traversent l’océan pacifique. Le gouvernement américain affrète alors une frégate, l’Abraham Lincoln dans le but de le chasser. A son bord, embarquent le harponneur Ned Land, le professeur Arronax, éminent spécialiste de la faune marine et Conseil, son fidèle assistant. Après une nouvelle attaque, les trois hommes se retrouvent naufragés et découvrent que le monstre est en fait un submersible baptisé le Nautilus commandé par l’inquiétant capitaine Némo.
Quand un chef-d’œuvre littéraire devient un classique du cinéma d’aventures, on ne peut qu’encenser ce magnifique spectacle qui multiplie les péripéties. Voyage au fond des mers où odyssée des profondeurs, de splendides images nous révèlent l’océan et ses mystères infinis en distillant quelques notes de poésie. Dans cet univers bleu, les effets visuels très réussis des plans du Nautilus fendant majestueusement les eaux viennent s’ajouter à la magie. Un émerveillement et une fascination retrouvés depuis en 1989 avec le fabuleux Abyss de James Cameron. Certaines scènes sont devenues de véritables moments d’anthologie comme la poursuite avec les cannibales et surtout l’affrontement titanesque avec le calamar géant. L’histoire esquisse également une réflexion sur les possibles dérives de la science avec une utilisation précoce de l’énergie atomique. Soutenu par une mise en scène dynamique, le film de Fleischer s’est voulu fidèle par son sens de l’esthétisme à l’esprit du livre notamment avec les descriptions de Jules Verne et les gravures qui l’ont illustré. Le seul ajout étant la présence de l’otarie, élément dans la plus pure tradition Disney.
L’humour reste aussi très présent à travers le personnage de Kirk Douglas qui apporte beaucoup de panache à son rôle de marin baroudeur. Ses partenaires se montrent à la hauteur : Paul Lukas personnifie avec une étonnante justesse ce brillant scientifique tandis que Peter Lorre (M le maudit, c’était lui !) campe son attachant compagnon. Mais le personnage le plus intéressant et le plus complexe demeure l’énigmatique Némo incarné par l’excellent James Mason qui livre une composition toute en ambiguïté d’un homme aveuglé par sa haine envers l’humanité puisant sa source dans un passé torturé. Et James Mason exprime à la perfection cette souffrance intérieure. Ainsi, Némo s’apparente à un génie idéaliste que le professeur Arronax tentera de raisonner, leur relation mêlant réciproquement le respect et l’admiration.
Par la suite, Kirk Douglas retrouvera Richard Fleischer en 1958 pour Les Vikings, superbe fresque et James Mason prendra les traits du professeur Lindenbrook dans Voyage au centre de la terre en 1959, autre adaptation par Henry Levin d’un roman de Jules Verne.
Une chose est sûre : on n’hésitera pas à replonger maintes fois dans cette épopée maritime servie par des comédiens très inspirés et une réalisation particulièrement soignée.
Fabien ROUSSEAU.